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Je ne vais pas faire de politique ici. Ce n’est pas la vocation de ce Cahier de pérégrinations. La politique politicienne magouilleuse, amalgames d’egos ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse en ce moment c’est l’image de la France. Non pas celle dont on peut lire un condensé dans « Courrier International » mais une certaine image engendrée par cette réflexion qui m’est venue, hier, conduisant pour rentrer de Grenoble où je rendais visite à ma petite maman.
Le passé ne fait pas le présent (c’est l’inverse qui est juste)
Il est une sensation que j’éprouve souvent en regardant de vieux films, ceux de Claude Sautet par exemple, observant les coupes de cheveux, les objets, les interactions entre les uns et les autres, les dialogues bien sûr, l’ambiance générale, la façon d’être (si on tient pour acquis que le cinéma est dans une certaine mesure représentation de la réalité), les ballons de rouge posés sur les tables des cafés, la campagne, les pulls en grosse laine, les silhouettes des DS, des Peugeot 304 :
C’est ça la France
Et dans la foulée cela fait il de moi une réactionnaire ?
En fait, si j’y réfléchis, toutes les représentations de la France ou des Français convaincantes que je connais proviennent du passé : ce sont les romans d’Honoré de Balzac, les statues d’Auguste Rodin ou de Camille Claudel, les scènes de rue photographiées par Robert Doisneau, les errances d’Antoine Doinel filmées par François Truffaut…
Jamais le spectacle du présent ne m’offre une telle impression d’unité culturelle, et cela non pas parce que la composition de la société aurait changé entre-temps, mais parce qu’au présent, il n’y a que des sujets agissants, qui se débattent avec leurs désirs, leurs ambitions et leurs déceptions, et qui se vivent eux-mêmes toujours un peu comme des transfuges ou des hybrides, déchirés entre plusieurs appartenances géographiques, sociales, amoureuses (on a jamais autant entendu : « je sais d’où je viens «
Quand on descend dans les rues de Paris ou dans le métro, lorsqu’on conduit à travers la campagne, on ne rencontre jamais l’esprit de la nation – seulement des réalités singulières et disparates qui ont bien du mal à se voir estampillées du MADE IN FRANCE
J’aime néanmoins voir les films de Claude Sautet (c’est un exemple, vous l’aurez compris), je leur trouve un charme fou.
Le passé nous fascine, parce qu’il a la cohérence et la consistance dont nous nous sentons dépourvus (cohérence liée au fait que nous le considérons dans le rétroviseur et de fait lui accordons (le plus souvent) cette forme de cohérence).
Cependant, si ces considérations sont justes, c’est-à-dire si « la France » et « les Français » se présentent à nous comme des illusions rétrospectives, pour des raisons qui relèvent davantage de l’ontologie que de la politique, alors l’histoire, surtout quand on la pratique en amateur et non en chercheur, nous tend un piège : les images du passé peuvent nous enivrer, au point que nous nous mettons à nous lamenter que le présent n’ait pas les contours bien tracés, les couleurs arrêtées du passé – et c’est ainsi que l’on devient réactionnaire.
Ce qui m’amène à mon interrogation du départ et à une réponse catégorique : non, je ne suis pas réactionnaire, mais j’en connais pas mal

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