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Une journée sans rigolade est une journée de perdue. C’est mon idée et je la partage avec peu si on réalise que à mon âge on rit assez peu. Mais quel dommage ! L’humour est indispensable à notre santé, bon pour nos nerfs, dédramatise bien des situations. Il y a des hommes avec qui j’ai beaucoup ri. Un surtout, il se reconnaitra.
Au commencement de l’humour pourtant il n’y a pas de quoi rire.
Le dandy qui veut bien mourir en duel mais refuse de se lever tôt, le naufragé ravi d’apprendre que son compagnon de radeau est végétarien, le grand distrait qui dit « pardon monsieur » à un poteau, le petit homme qui, à contre-courant d’une foule à slogans, brandit un panneau avec inscrit dessus « j’ai mal au dos » font tous, à leur manière, de l’humour un bras d’honneur que l’infime adresse à l’infini, ou le pied de nez d’un brin d’herbe à la forêt qui l’entoure.
« Non seulement Dieu n’existe pas, écrit Woody Allen, mais encore, essayez donc de trouver un plombier le week-end. »
Autant dire qu’on ne badine pas avec l’humour qui, d’une pirouette ou d’un revers de la parole, remise l’immense au magasin des accessoires, traite les drames de la vie avec la légèreté qu’ils méritent ou bien, à l’inverse, les anecdotes avec un sérieux démesuré : l’humour est toujours déplacé. Rien, par conséquent, ne lui échappe. Aucune adversité ne lui résiste. À prendre la partie pour le tout et le sublime pour le grotesque, l’humour tourne en dérision tout ce qui nous rend dérisoires, et en jeu de mots l’absurdité de la vie :
« Plus cancéreux que moi, tu meurs », disait Pierre Desproges.
Car tout ça n’est qu’une plaisanterie. Il est au moins aussi désopilant que dramatique d’être né par hasard et de mourir nécessairement : le tragique de l’existence fait également d’elle une rigolade. L’insoutenable légèreté de l’humour prouve que le non-sens peut être réjouissant, qu’on peut rire de tout, du Tout, et même de la surface de l’eau juste après le naufrage d’un navire. Si l’humour est le propre de l’homme, c’est que nous sommes des morts en sursis à qui un Dieu farceur laisse, indifféremment, le choix d’en rire ou de pleurer. L’humour, c’est le bras armé de la joie.
Ne cherchez pas à savoir pourquoi la Nina de Rimbaud répond « Et mon bureau ? » à l’amant qui lui promet des bourgeons clairs, de la luzerne, du champagne et les chairs qui frémissent.
Il en va de l’humour comme du génie : ce sont des causes perdues.

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