Maminou, Mamie ou Daronne ?

A la naissance de ma petite fille s’est posée la question de savoir comment elle allait m’appeler. Question récente dans les conventions. Autrefois c’était Mamie et Papy, ou grand-père et grand-mère.

Aujourd’hui on n’a pas envie de petits noms qui nous vieillissent. La moyenne d’âge où on devient grands parents est de 56 ans. On ne sent pas encore d’être des « pépés et mémés ».

Alors on cherche… Ces petits noms ont une valeur symbolique. Ma petite fille m’appelle Nona. Nous avons simplifié le mot italien « Nonna » pour le personnaliser et faciliter l’apprentissage au moment du passage à l’écriture. « Nona » ce sont mes origines, il y a donc bien là une forme de symbole.

Cette rupture sur le nom des grands parents est relativement récente. Elle vise à se distinguer de ses propres parents et grands-parents. Le choix d’un surnom singulier semble être plutôt l’apanage des catégories socio professionnelles supérieures (CSP+), des gens qui ont l’habitude d’avoir le choix et à qui on n’imposera pas les modèles de leur grand-parentalité. Dans les milieux plus populaires, il y a moins de choix tout au long de la vie, moins d’activité, moins d’argent. Donc on se glisse plus facilement dans une fonction traditionnelle de « papy, mamie », présents au quotidien d’autant que la garde est aussi une question de coût.

Cela fait écho aux travaux du chercheur Morgan Kitzman qui constate dans un article de L’école des parents en 2020, que dans les milieux modestes, la garde intensive ou très régulière des petits enfants est plus fréquente tandis que dans les milieux plus favorisés, la garde est ponctuelle : we, vacances.

Affectueux sans être trop maniérés, ces petits noms qui deviennent nôtres ne sont ainsi pas bêtement statutaires.

Au 17ème siècle un mot dominait les publications « Aïeul », mêlant les ancêtres sans distinction de leur place dans la chronologie familiale. En trois siècles, entre 17ème et le 21ème siècle , les termes de « grands-mères, grands-pères » vont supplanter ces « aïeux ». Ils font leur apparition dans les dictionnaires, corroborés par la littérature de l’époque.

L’idée qu’on se fait de la grand-parentalité connait donc une évolution majeure. D’une vision d’abord langagière on arrive à une conception plus « affective » ou « relationnelle ».

Malou, Mamig, Bonpa, Bilou, Bobine, Mamita, Mamisa, Papou, Mamidèle, Babouchka … ils sont tous ces petits noms emplis d’une tendresse affective, de personnalisation de la place dans la famille qui ne prend pas seulement en considération la fonction grand parentale.


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