Il est sidérant de voir en cette rentrée le nombre de livres qui évoquent des histoires familiales ou des passages de la vie de leur auteur (autrice) ou des sanglots longs de repentance, des règlements de compte, des volontés de réhabiliter l’image des ancêtres en remontant, loin, loin…
Mais comme ils ont de la chance tous ces auteurs (trices) d’avoir des familles dont l’histoire, les histoires permettent de remplir au minimum 300 pages, d’avoir des familles si intéressantes ou de croire qu’elles le sont au point de nous infliger des pavés pareils. Et les éditeurs ? Sérieusement c’est ça qu’on a envie de lire quand tout s’écroule autour de nous ? Les contorsions nombrilistes du microcosme dont il faut être ?
Les thérapies ne se limitent plus aux cabinets des psy. Dans cette époque impudique, on étale, on tartine, on va chercher loin parfois en soi, autour de soi, derrière soi. Famille je vous hais ou famille je vous aime : l’oscillation.
Déjà j’avais du mal quand Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, narrait son avortement, son histoire d’amour avec un tout jeune homme (faisons lui la grâce de reconnaître que ce livre avait un mérite : celui d’être bref. En trente pages c’était torché).
La littérature egotiste relève d’une époque où parler de soi est la règle. J’écoutais l’autre jour Ovidie qui publie« La chair est triste » actuellement mis en scène. On se souvient du vers de Mallarmé auquel elle emprunte ce segment de phrase : « La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres. Fuir ! là-bas fuir ! »
Elle raconte sa grève du sexe pendant je crois 4 années. Non mais on s’en fout !
Et le raisonnement qui va avec : il faut cesser de faire du sexe l’essentiel de nos vies et blabla, l’abstinence quel pied… Je l’écoutais et je pensais : mais combien sommes nous à avoir vécu des périodes sans et on en a pas fait tout un foin, on n’a pas brandi l’étendard de la chasteté retrouvée, on n’a pas théorisé sur l’abstinence et ses joies.
Si encore c’était drôle tous ces bouquins, une forme de dérision dans le constat du déterminisme, mais non l’animal est triste et il va chercher loin parfois la raison du pourquoi.
Ils sont cruels les écrivains cette rentrée voire même ces rentrées depuis quelques années de nous infliger une telle somme d’egotismes même si parfois par la grâce du style, c’est buvable.
« Un ennui, désolé par les cruels espoirs » ajoute Mallarmé, le poète maudit. On croit détenir une pépite et non les espoirs sont de « ceux qu’un vent penche sur des naufrages perdus ». (Mallarmé toujours : le chantre de la morosité et du dégoût de vivre)
Ô SECOURS !

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