Toute ma réflexion sur ce sujet de la représentation du linge, des repasseuses, lavandières, dans l’art (je ne livre ici qu’un court aspect) est partie du tableau de Manet : Blanchisserie (Le linge). Refusé au salon de Paris de 1876, le tableau est alors acheté par Berthe Morisot, belle sœur du peintre, femme d’Eugène, frère d’Edouard.
Dans ce tableau, Manet s’inspire de Courbet, de son goût pour les scènes du quotidien, prémices du Réalisme, mouvement initié par Courbet. Le quotidien c’est les brasseries, les bals et surtout les petits métiers. Degas de son côté, essentiellement connu pour ses danseuses, a peint toute une série de portraits de repasseuses. J’en parlais dans Les billets de Madame.
Berthe Morisot reprend ce thème à son compte. Du linge ? Suspendre le linge à sec est un bel exemple d’art impressionniste, captant l’essence de la vie rurale avec sa représentation des tâches quotidiennes et de la beauté naturelle. Cette peinture, avec ses autres œuvres, continue d’inspirer les amateurs d’art du monde entier. Pourquoi Diable suspendre le linge à sec ? Pour l’odeur, celle de la nature dans sa fraicheur, pour gommer les plis et s’éviter ainsi la corvée du repassage.

Berthe Morisot : Paysanne étendant du linge
Bien d’autres travailleront ce sujet : Daumier, Delachaux mais le sujet là n’est plus l’essentiel. Il devient prétexte à l’application de nouveaux principes esthétiques

Berthe Morisot : Suspendre le linge à sec
Si le thème du travail dans la peinture est courant en Hollande, et ce depuis le XVIIe siècle, ce n’est pas le cas en France, où l’on a longtemps jugé ce sujet indigne. Boucher et Fragonard ont, certes, peint des lavandières au XVIIIe siècle, mais ce n’était là qu’un prétexte pour montrer des scènes galantes et des paysages oniriques.
Millet est un des premiers, au milieu du XIXe siècle, à décrire sans détour des scènes de labeur, en l’occurrence celles de paysans ; il ouvrait ainsi la voie à l’exploration d’un thème dans lequel s’inscrivent ces toiles conjuguées au féminin.

Edouard Manet : Blanchisserie
Quelle qu’en soit l’approche, ces images illustrent un sujet traité également dans L’Assommoir de Zola, celui du travail du linge confié depuis des temps immémoriaux aux femmes ; un travail précaire (les femmes étant souvent employées à la journée), répétitif, d’une durée excessive, sous-payé et de surcroît à risque : le maniement du linge sale et mouillé était un vecteur de transmission de la tuberculose, grand fléau du siècle.
Enfin, l’intérêt porté par les peintres à ces ouvrières contraste avec le jugement négatif dont elles étaient l’objet : on les accusait de porter ou de louer le linge qu’on leur confiait, de s’adonner à la prostitution, de tomber dans l’alcoolisme. Ce jugement, en partie fondé, témoigne de la difficile existence de ces femmes
Alors laver son linge sale en famille ou non, famille au sens artistique, au sens social est bien un sujet qui colle au quotidien et mérite ce petit pas de côté pour qu’on le considère avec intérêt.

Manet : Blanchisserie (détail)

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