Derrière l’épaule

J’ai passé mon été dans, sur, avec le livre « autobiographique » de Françoise Sagan « Derrière l’épaule ». « Un été » oui, car comme le dit la Tribune de Genève à la parution « Pas de fond de tiroir . Pas d’hagiographie douceâtre. Que du beau shoot à avaler cul sec comme les fioles de Johnny Walker qu’elle (F.Sagan) conseille aux enterrements ».

Le plaisir de lire et relire cette manière si personnelle, distante, dans la dérision, dans une sincérité sans faille, ces phrases, cette considération ou son absence que l’auteur(e) porte sur son œuvre et sa vie. Un par un, ces livres qu’elle a écrits, elle les triture, refait ce qui a été leur naissance dans son esprit, les lecteurs qu’elle a imaginés pour chacun, comment ils se sont, des parents aux enfants, transmis les livres « dans ces cabrioles d’étagères »

On se retrouve toutes dans ce petit bout de femme, moitié bègue, folle de la vie, insolente et fragile ? Beaucoup d’entre nous je crois. J’ai eu comme une faiblesse entre autres pour ces pages où elle explique que Le Petit Prince et Alice au pays des Merveilles l’assomment au plus haut point. Pareil pour ce qui me concerne. Pareil pour la fascination pour la lecture jusqu’à ne plus pouvoir, être comme frigide devant les œuvres en dehors des poètes :

Hugo, Rimbaud, Aragon, Eluard..

Toujours chercher des réponses, poser les bonnes questions d’abord comme on peut en trouvant de l’aide chez les autres même si ces autres ne sont souvent intéressés que par eux-mêmes, le savoir et se dire que dire c’est déjà beaucoup et que les solutions sont parfois là en nous-mêmes, sous nos yeux et dans nos mains. Se préserver des jugements, ne pas être poreuse à ce qui se dit de nous, pas facile mais possible.

Et puis les lieux, leur importance, tous les lieux loués comme Sagan, où j’ai laissé un peu de moi, de mon histoire, de mes histoires avec mes enfants ou sans, avec des hommes de passage et d’autres qui sont restés comme lui, le dernier somme toute :

Je suis le dernier sur ta route
Le dernier printemps la dernière neige
Le dernier combat pour ne pas mourir

Et nous voici plus bas et plus haut que jamais (Le Phénix, Paul Eluard)

Sentir que toute sa vie, ses livres furent sa colonne vertébrale, ce qui la faisait tenir droite, tête haute et bien debout, me demander alors ce qui me fait tenir debout dans cet exercice de funambule de nos vies, réaliser que ce qui fait tenir debout n’a rien de continu, que tout bouge, que parfois c’est ça, ça, toi, lui, nous, cette passion soudaine pour quelque chose et puis parfois rien. Et là c’est la chute et on se débrouille comme on peut.

« Derrière l’épaule » c’est un peu comme si on entrait par effraction dans un laboratoire un peu bordélique, plein de fantaisie, drôle mais aussi mélancolique, un laboratoire tout intérieur, celui de l’autrice qui s’est peu exprimée sur le sujet, sur cette cuisine préalable dont elle refusait de parler, car c’était si ridicule au fond…


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6 réponses à “Derrière l’épaule”

  1. Avatar de Jean
    Jean

    Écrivez ! On adore vous lire ….

  2. Avatar de Phil69
    Phil69

    P…….Voilà qui est envoyé ! Un régal !

  3. Avatar de Marie
    Marie

    Un bel article très bien écrit pour une autobiographie en effet si particulière. Mais pouvait il en être autrement pour cette auteure? Marie

    1. Avatar de @@Dominique@@

      Merci Marie ! Oui en effet une autobiographie qui suit le fil des publications, comme une colonne vertébrale d’une existence

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