Je discutais hier avec une amie et je faisais allusion au fait que ma mère, quand j’étais enfant voire adolescente, racommodait beaucoup de choses ; c’était une époque où on ne jetait rien, l’obsolescence programmée n’existait pas, les choses devaient s’inscrire dans la durée. Je ne fais évidemment pas allusion aux appareils ménagers mais à la couture quotidienne. Un trou dans un pull, une chaussette et on raccommodait. Il s’agissait d’effectuer un quadrillage minutieux qui, fil à fil, reconstituait le tissu endommagé. Ma grand mère raccommodait ses bas, des bas épais, qui tenaient par un élastique au dessus des cuisses, l’ancêtre du Dim Up, en plus dense. Elle avait pour habitude de les remonter régulièrement, ce geste là de glisser un doigt, le pouce je crois bien, pour agripper le bas et le tirer jusqu’à ce qu’il est atteint la mi cuisse fait partie de ces souvenirs qu’elle m’a laissés en plus de sa démarche claudicante due à la polio qu’elle avait contractée enfant. Dans les hôtels, il arrivait que les draps soient rapiécés, des draps bien épais en gros coton ou lin, empesés, qui sentaient bon l’air du dehors. On disait qui « sentaient le propre ».
Bref : raccommoder. Il s’agissait que les choses durent. De la même manière le verbe était utilisé pour les moments où les gens se disputaient, à la forme pronominale ou non. Ils ne se réconciliaient pas, ils se raccommodaient. L’image est intéressante car tout comme pour les reprises, et nous sommes là dans le même registre, il s’agissait fil à fil, peu à peu, de reconstituer le lien. Jolie métaphore qui n’a plus cour aujourd’hui où on passe vite à autre chose. Raccommoder, repriser, rapiécer, ravauder, autant de verbes qui ont disparu ou presque dans notre société où tout va si vite, où tout se jette, où les amitiés qui se finissent, se finissent définitivement, où personne ne fait l’effort de rapiécer le trou formé, le vide en fait, de se pencher sur lui minutieusement, de choisir les mots comme on choisissait le fil, l’aiguille, le dé, l’oeuf en bois, de passer le temps qu’il fallait pour que tout soit remis en ordre, prêt à de nouveau servir, exister en fait.

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