A quoi ça sert de vivre, de parler si on n’a pas de spectateur ? Tu viens avec moi ?
Se vautrer dans une incohérence de surface comme un masque entre soi et les autres. Dire son émotion avec des mots qui se bousculent, des yeux qui rougissent, des pirouettes, avancer toujours, se perdre, se trouver, croire en n’importe quoi plutôt qu’en rien, s’obstiner, se calfeutrer, se couvrir, répondre aux rumeurs en en propageant d’autres, rêver et donner forme à ses rêves, réveiller ses amis au milieu de la nuit pour les embarquer nulle part, fuir la solitude et la trouver partout, faire la nique à la bienséance, valser avec les mots, danser dans la lumière, chercher la nuit des oiseaux qu’on ne voit plus, dormir le jour et rester éveillé quand tout est noir, avoir les lèvres qui tremblent, se dire que tout est fini, définitivement, qu’elle ne reviendra pas, que le temps perdu est le temps perdu et que les poètes sont ceux qui voient ce que d’autres ne verront jamais, donner corps à sa folie, regarder défiler les paysages, parler aux animaux de philosophie, faire du non sens sa raison d’être et rejeter la raison, aller où bon nous semble dans les phrases sans bien savoir comment tout cela va se terminer, fabriquer des mots après les avoir fait valser, les sentir sortir de soi et s’écouter dire et tu m’écoutes ? Baver, bouffer, tricher, mentir, vomir, se dévoiler peu à peu, s’endormir, se réveiller saoul, aimer la vie à la folie, ne plus savoir bien qui l’on est, ce personnage ou celui là ? Partir au Pérou, l’aimer comme on aime une femme, un homme sans savoir pourquoi, chercher l’oiseau de la solitude, le grand oiseau qui plane au dessus des déserts et des montagnes si hautes, seul, toujours, laisser vivre les émotions, elles seulement, les unes derrière les autres, sans trier, comme elles viennent.
I love Peru. Raphaël Quenard. En salle

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