Le jeune Hippias demanda un jour à Socrate :
“J’ai une femme que j’adore, mais ma maîtresse me rend fou de plaisir. Dois-je quitter ma femme pour vivre avec ma maîtresse ou renoncer à ma maîtresse et rester avec ma femme ?”
Après un temps de réflexion, l’oracle tomba de la bouche de Socrate :
“Quoi que tu fasses, tu t’en repentiras.” »
Nous voilà bien. Il semble que où qu’on se tourne nous sommes voués dans nos relations de couples à un échec avec çà et là quelques lueurs : la naissance des enfants par exemple.
Le philosophe R. Jaccard disait : « Nous ne sommes pas faits pour la vie à deux, nous sommes défaits par la vie à deux ». Voilà qui donne raison à Luchini dans ses considérations sur le mariage et plus généralement la vie commune, considérations théoriques puisque finalement l’acteur- orateur-diseur, a fait comme la plupart : s’adonner corps et âme à la vie de couple.
Le mariage est une citadelle : ceux qui sont à l’intérieur aspirent à en sortir, ceux qui sont dehors aspirent à y entrer. Pour ce qui me concerne j’ai commis par deux fois la même chose, je ne vais pas dire « erreur » car par chance j’ai été longtemps très heureuse dans les citadelles. Et puis comme tout un chacun j’ai chevillé au corps l’idée que l’espérance triomphe de l’expérience.
C’est pourquoi d’ailleurs je pense me marier une troisième fois. Il le sait. Il réfléchit, point trop tout de même, nous ne sommes plus de première jeunesse mais je n’insiste pas de trop consciente que plus on accule, plus l’autre recule.
Il semble bien néanmoins que les deux moments forts dans la vie d’un couple soit la rencontre et la rupture, le reste étant du remplissage. Version assez noire de l’hyménée mais qui vaut son pesant d’or. Délices de la première nuit, larmes de la dernière. La première venant largement compenser la dernière si on y songe, mais voilà : nous sommes ainsi fabriqués que nous avons des difficultés à nous centrer sur le bon, nous décentrer du pathos et donc les ruptures sont dures à avaler.
J’ai fait un beau discours pour le mariage d’un de mes fils il y a peu. Je parlais d’audace dans leur décision, de ce vœu pieux que l’amour dure toujours. Un sacré pari qui nécessite quelques coups de canif dans le contrat pour se donner peut être la chance de durer:)
Devons nous nous résoudre à cette histoire que raconte Sophie Calle qui n’en est pas à son premier tour de passe-passe ? Devant le refus de son amoureux, elle imagine et donne forme à un « vrai faux mariage », raconté dans Histoires vraies :
« Je décidai de convier famille et amis, le samedi 20 juin 1992, pour une photographie de mariage sur les marches d’une église de quartier à Malakoff. Le cliché fut suivi d’une fausse cérémonie civile prononcée par un vrai maire et d’un banquet. Le riz, les dragées, le voile blanc… rien ne manquait. Je couronnais d’un faux mariage l’histoire la plus vraie de ma vie » (photo en en-tête)

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