On raconte que Corot aurait peint environ 3000 toiles et que 5000 seraient dans des musées Américains :). On raconte que 40% des œuvres du Metropolitan Museum de New York seraient des faux. C’est là du moins l’opinion de son ancien directeur Thomas Hoving.
On peut légitiment penser que le directeur d’alors est nettement en dessous de la réalité. La pratique ne date pas d’aujourd’hui. Déjà dans l’Antiquité, le grec Pasitélès vendait aux Romains des statues de quatre cents ans, qu’il avait fait la veille…
Affaire de culot et d’habileté. On distingue les « fakes » identifiés comme étant réellement des faux, mêmes modèles, manières de peindre (sculpter ou autre), pastiches conçus pour ressembler à l’original, des «forgeries » qui ressemblent mais dont la signature est apocryphe* et d’une provenance imaginaire.
De même les mauvaises attributions sont fréquentes dans l’histoire de l’art, ainsi entre 1968 et 2011, l’un des plus éminents bureaux d’étude des tableaux de Rembrandt estime que parmi les peintures attribuées au peintre 240 ont été confirmées et 162 autres ont été considérées comme douteuses ou rejetées comme des faux. Plus récemment, le musée Van Gogh d’Amsterdam a déclassé trois œuvres de l’artiste au motif qu’elles étaient des contrefaçons. Ces trois œuvres appartenant à des collectionneurs privés qui n’ont eu que leurs yeux pour pleurer. A l’inverse des toiles considérées comme des faux ont été réhabilitées, de quoi perdre son latin.
Il en va de l’histoire de l’art comme de l’archéologie : elle est source de connaissance. Enterrer une capsule spatiale dans une pyramide ne fera pas croire longtemps que ce sont les Martiens qui les ont érigées.
Des gravures représentant des animaux préhistoriques ont été découvertes en 1873 sur des os dans une grotte de Suisse. C’était des faux. Elles avaient été créés par un étudiant qui s’exerçait en vue de son diplôme.
Mais pourquoi le faux marche-t-il si bien ? Peut être parce que nous avons tendance à nous laisser abuser non pas tant par des faussaires que par nos propres rêves. C’est le cas pour le commun des mortels, c’est le cas pour les spécialistes qui rêvent tous de la perle rare. Des sommes colossales sont en jeu, on ne peut le passer sous silence.
A l’inverse, des découvertes ont été longtemps rejetées voire ignorées parce qu’elles ne correspondaient pas au savoir établi et qu’elles ne répondaient pas à l’image qu’on se faisait de la période de leur naissance.
« On ne trouve que ce que l’on cherche », dit le dicton car on ne voit que ce que l’on peut concevoir.
Et puis il faut dire que les faussaires géniaux, les roublards talentueux plaisent au public, en réussissant à tromper savants et spécialistes un peu à la manière d’Arsène Lupin !
(reproduction en illustration : Intérieur d’un restaurant à Arles, longtemps attribué à Van Gogh et qui s’est avéré être un faux)
- apocryphe : dont l’authenticité est douteuse.

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