J’ai du mal avec les beaufs, non pas que je sorte de la cuisse de Jupiter, mais bon…
C’est quoi au fait le beauf, les beaufs qui nous entourent ? Comment les reconnait-on ? Comment les contourne t’on ? Est-il possible de passer au travers ? 😉 de les ignorer ? (ça je peux d’ores et déjà répondre non, car le beauf s’impose)
Johny H, le chanteur était considéré comme l’étendard des “beaufs”, de ceux qui partent en vacances au camping, boivent du pastis ou des bières bon marché, laissent la télé allumée en fond toute la journée vivent dans un univers où la coupe mulet et le t-shirt de bikers sont un must, ça c’est pour la caricature.
Dans Ascendant beauf, l’essayiste et militante féministe Rose Lamy revient sur ses propres origines sociales modestes pour identifier ce que révèle l’utilisation du terme “beauf”. Selon elle, le beauf est avant tout une construction sociale, un repoussoir qui cristallise tout ce que les classes dominantes ne veulent pas être : raciste, mal habillé, collectionneur de bons de réduction utilisables en grande distribution, consommateur de biens culturels de masse comme la littérature dite “de gare” ou les films du type Les Tuche, et domicilié dans un bled paumé où même une résidence secondaire ne vaudrait pas une paille.
Mais la figure souvent moquée du beauf cache un véritable mépris de classe qui ne dit pas son nom. Mépris d’autant plus coupable qu’il s’exerce souvent du côté gauche du spectre politique envers ceux que cette même gauche est censée défendre et représenter.
Le dessinateur Cabu, qui a contribué à populariser le personnage du beauf, s’excusait presque d’avoir tant chargé la barque en précisant que nous sommes tous le beauf de quelqu’un.
Pour ma part, j’aurais tendance à dire qu’il s’agit de celui – et bien moins souvent de celle – qui n’a pas conscience de son encombrement, aussi bien physique qu’ontologique. Son existence, sa légitimité ne lui posent aucun problème et ne sont la source d’aucune inquiétude.
Le beauf n’est donc pas nécessairement issu des classes moyennes. Le beauf dit tout et n’importe quoi et à aucun moment il ne se remet en cause. Au bar, il vous pousse pour passer sa commande parce que son tour vient avec le simple fait d’avoir passé la porte. S’il vous reçoit dans son bureau, c’est les jambes bien écartées et en bras de chemise, tel un président en son palais de l’Élysée. Que cette attitude grignote sur votre espace, tant mieux. Sûr de son bon droit, il estime son mode de vie, ses choix culturels et ses loisirs dignes d’être célébrés, pris pour modèles, quand bien même il serait incapable d’expliquer pourquoi telle sonate de Beethoven est exceptionnelle – combien de fois ai-je entendu le tautologique “parce que c’est de la grande musique” : oui, merci, Jean-Michel-Analyse de La Richardière.
Bref, avec le beauf, il se pourrait bien que la bourgeoisie ait construit son propre miroir grossissant.

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