Ne pas se planter.
Dans le jardin d’Eden un jardinier ne se serait pas tant intéressé aux fruits qui pendouillaient des arbres qu’au merveilleux humus baignant leurs racines.
Il n’est pas indispensable d’être jardinier pour être philosophe, ni l’inverse d’ailleurs, mais on peut sérieusement se poser la question de savoir si on peut penser et appréhender le monde et ses idées si on ne sait pas observer un ver de terre.
C’est là une évidence. Philosopher passe par une pose, un pas de côté comme le dit si souvent Marie Robert. Et ce pas de côté il convient d’en convenir, et Voltaire ne me contredirait pas, ne peut se faire si on exclut la nature.
Ainsi Nature et Culture sont étroitement liées (et je vois là un mien ami qui commence à s’intéresser à mon propos (B.G). Michel Tournier, l’homme-jardin , nous rappelle que la condition humaine est avant tout une condition jardinière.
« Ut operaretur eum » conseille Voltaire en manière de conclusion de Candide. Cultiver son jardin c’est aussi exploiter au mieux qui l’on est en sus de cultiver la terre de façon factuelle.
Ainsi nombreux sont les jardins qui depuis que la littérature existe nous contemplent. Mythiques, spirituels, paradisiaques, politiques, métaphysiques, éthiques… les arbres ploient sous les métaphores. Ils parlent du temps qui passe, de la mort jamais vaincue.
J’étais hier près d’Uzès et les allées de platanes qui bordent les routes lorsqu’on s’approche du Duché me procurent toujours le même sentiment, proche de ce qu’en dit Hippolyte Taine .Combien il l’aime cet arbre, le grain serré de son tronc, ses nœuds vigoureux ! « Ce fut d’abord sous le sol, dans la douce humidité, dans la nuit souterraine que le germe devint digne de la lumière et la lumière a alors permis que la frêle tige se développât, se fortifiât d’états en états. Cette masse puissante de verdure obéit à une raison secrète, à la plus sublime philosophie, qui est l’acceptation des nécessités de la vie ».
Je partage cette fascination.
Le jardin tel que l’évoque Voltaire n’est pas une zone de repli sur soi, mais un manifeste de confiance dans le vital, le transitoire et l’inattendu.
Dans le jardin, il n’y a pas de deuil, c’est la chance des jardiniers, ils se préoccupent de l’instant présent et pensent aux saisons futures.
Cultiver son jardin c’est croire en l’avenir.
Par les temps qui courent, c’est là un principe d’espérance.

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