La maison où j’ai grandi

Quand je me tourne vers mes souvenirs, je revois la maison où j’ai grandi … chante Françoise Hardy.

Il faut tourner la page. On en tourne des pages dans sa vie, légèrement parfois, rarement légèrement en fait.

J’ai tourné la page de la maison de mon enfance, la maison de mes parents, celle qui a vu grandir mes enfants . Il a fallu lui dire Adieu. C’était il y a un an, tout juste…. Un an où je publiais à cette occasion cet article :

J’ai 6 ans. Mon père construit sa maison. Chez les Italiens de cette génération, construire sa maison c’est l’oeuvre de toute une vie, une réalisation de soi. J’ai 6 ans. Le soir, je vais avec mon père casser les carreaux pour les coller ensuite sur les marches de l’escalier. J’apprends la truelle, le ciment. Je tire la langue, accroupie, il me commande, comme ci et comme ça. Je te commande, tu obéis, j’ai longtemps été cette petite fille obéissante.

Il n’a pas quitté son bleu de travail. Deux journées en une ne lui font pas peur.

On y habite à présent, tous les trois, ma mère, mon père et moi.

J’ai ma chambre au fond, des petites fleurs sur les murs puis quelques années plus tard une tapisserie psychédélique à la mode des années 70.

Un cousin vient passer une année scolaire avec moi. On joue à courir, sauter les murs pour aller dans les vignes juste en dessous. On court, on saute, on fait le tour de la maison, on saute. On voit une couleuvre, énorme peut être, on la voit avec nos yeux d’enfants. Mon père prend une fourche et la tue. Autrement on ramasse des petits cailloux, des rouges, des blancs et des noirs, on les met dans des pots, on les arrose et on les regarde. On prend le temps de ça.

La maison c’est très vite des poules, toutes sortes, des naines, des colorées. Des faisans aussi. Il faut aller chercher le maïs pour les nourrir. Je vais avec lui, mon père. On ramasse ce qu’il reste dans les champs. On remplit des paniers et hop, dans le coffre.

Il y a une 403 sur le côté de la maison, je joue avec Eric, mon cousin, à la maman et au papa. On fait des dinettes sur la plage arrière. La voiture attend de partir à la casse. En attendant elle est devenue notre maison à nous deux. On mélange la farine, on rigole, on est heureux, insouciants.

Après je suis adolescente. Je fais mes devoirs dans ma chambre, à mon bureau. Je suis sérieuse, après je lis, je lis à ne plus rien voir. Mon père m’appelle dans la cuisine, c’est l’heure, mais qu’est ce que tu fais avec tes livres tout le temps, viens manger. Pas diner, déjeuner, on ne connait pas ces mots là.

On va ramasser les œufs des poules. Il faut arroser le jardin. Je m’amuse à arroser tout et n’importe quoi avec le tuyau qui gicle haut. C’est l’été, il fait chaud. On s’assoit l’après midi sur le côté. Mon père a fabriqué un banc et une table. On mange là parfois mais le plus souvent à la cuisine.

Le soir on regarde la télé, un peu, les informations et puis au lit.

Ma mère décide que désormais je dois faire mon lit. Je ne veux pas alors je dors par terre, sur le tapis, ma petite révolte personnelle. Finalement elle renonce, vas y dors dans ton lit, je le ferai. Petite victoire personnelle.

Le dimanche, c’est LE repas. Poulet, des choux à la crème. On ne reçoit pas chez mes parents, on ne mange pas dans la salle à manger, toujours à la cuisine.

Le fuel est cher alors ils installent, les parents, un poêle à bois.

On vit ensemble mais comme séparés, je suis partie ailleurs déjà, dans mes livres. Je viens à table mais je suis en fait au 19ème siècle, j’ai la tête farcie de mots qui n’existent plus, de tournures de phrases, de manières de vivre autres.

Dans le car pour le collège, le lycée, je me maquille les yeux, le soir j’efface tout dans le trajet du retour.

Pas de robes, des jeans tous rangés dans le placard avec le pantalon en velours gris. Mon père a construit une cheminée au salon. Elle ne fonctionnera qu’une ou deux fois. A quoi ça sert alors ? Je ne me demande même pas, c’est comme ça.

Un fonctionnement où on ne s’interroge pas, on ne discute pas. On accepte.

Il y a des saucissons qui pendent dans la cave, des pommes de terre, des pommes, de quoi passer l’hiver. Le soir parfois mon père m’apprend à tirer à la carabine. On met une pomme de terre sur une cagette au fond de la cave et du garage, je vise et je tire. Je crois qu’il a été fier parfois tout de même.

J’ai grandi, je suis une jeune femme à présent. Mes enfants vont apprendre à faire du vélo là, à aimer les spaghettis à la bolognaise, à détester la soupe du soir. Ils vont guetter par la fenêtre de la cuisine maman ou papa qui vient les chercher, vont ramasser des cailloux, couper la queue des lézards, jouer avec les « gendarmes », boire du sirop de menthe, regarder un peu la télé, s’ennuyer un peu aussi car on n’avait pas peur de s’ennuyer alors, ça faisait partie de la vie. Il y avait le temps qu’on occupait pour qu’il passe et le temps qu’on n’arrivait pas à occuper qui passait aussi.

Tiens il est 4 heures, l’heure des tartines de confiture maison, ou des tartines beurrées.

On fait des balades un peu autour, jusqu’au lavoir, sous le noyer comme j’en faisais à leur âge. S’allonger sous le noyer en faisant attention de ne pas trop rester parce que ça donne mal à la tête. Ne mange pas du raisin, il est vert, fais attention mets ton chapeau, tu vas attraper une insolation,

Le soin qu’on prenait, qu’ils prenaient, les parents, pour moi puis pour mes fils.

Voilà j’ai fermé les volets. La maison va vivre autrement avec deux petits garçons qui vont grandir là, une autre famille, une autre histoire, d’autres histoires.


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3 réponses à “La maison où j’ai grandi”

  1. Avatar de Bertrand75
    Bertrand75

    Quelle immense tendresse dans ces mots …

  2. Avatar de JcBonnat
    JcBonnat

    Vous êtes une très belle personne Dominique. Bon we à vous

  3. Avatar de BELLOUTI
    BELLOUTI

    Vous racontez si bien votre enfance, simple mais heureuse et dont les bienfaits se ressentent encore aujourd’hui à travers vos écrits 🙏🤗

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