Madeleine Dinès n’aime pas être « La fille de… » alors elle brouille les cartes, trafique l’anagramme.
J’aime cette artiste peu connue du grand public.
« Elever la réalité à la dignité de l’apparence », c’est en ces termes que Hegel définit l’art. Je regarde les tableaux de Madeleine Dinès.
Qu’est ce qui justifie un tel intérêt de ma part pour ses tableaux ? Pas ou peu de trame narrative, des aplats de couleurs, du quotidien, du banal dans les décors, des scènes dont on se demande à quoi elles obéissent, quel subconscient parle ici, à quelle nécessité obscure elles répondent ?
Des chambres vides avec un lit, quelques objets, un intérieur à la cheminée, un lit défait, plus loin un dormeur, un climat de suspens comme si l’anodin même était le sujet, des paysages à la géographie perturbée, un trait naïf parfois, un escalier de pierre au bas duquel un balayeur pousse des feuilles mortes, une voie ferrée déserte dont les rails se perdent sous un pont.
Quelles réalités autres, par delà ces toiles, cherche Madeleine ? Où veut-elle nous conduire ?
Evidemment qu’on pense à Hopper dans la solitude des rares personnages et par le fait que les deux artistes sont contemporains. Mais à quoi bon toujours rapprocher un tel d’un tel, comme c’est à la mode de nos jours dans les expos temporaires ? Tellement évident que chacun puise chez ceux qui l’ont précédé ou qui l’entourent, ce qui va être source d’une nouvelle inspiration. Peut-on imaginer un écrivain qui n’aurait rien lu ?
On cherche et puis on se laisse emballer. Madeleine, elle aussi, cherche et toute son oeuvre n’est qu’une immense recherche. Là on saisit l’essence, puis là on la perd, là on est emballé, là on est perplexe, là on sourit, là on rêve.
Tiens le dernier tram s’en va
On doit fermer chez Eugène
Dans ce sens on peut dire que le pinceau de Madeleine est une baguette de sourcier. On ne sait pas ce qu’on va trouver, mais on sait que c’est là et qu’il faut se laisser entrainer.







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