Vie quotidienne.
La vieille dame du café est partie en Inde comme toutes les années. Elle parle peu devant son café, son chignon bien serré sur la tête, un sourire discret. Deux mois en Inde pour se refaire une santé, se recentrer, trouver la force de continuer. Seulement voilà en rentrant à l’aéroport d’Orly elle est tombée raide. Infarctus. Deux mois à se reposer, se faire masser, oindre, mener une vie quasi monacale pour mourir dans un aéroport au retour. Le chignon à peine défait et les valises que personne ne réclamera. A quoi bon ?
Elle vit seule la voisine. Une femme charmante, très occupée par son travail. Très sensible aussi, je découvre. Quelqu’un lui raconte qu’une vieille dame d’une connaissance doit partir en EHPAD. Plus capable de se débrouiller seule. Et les chats ? Deux chattes ? Alors la voisine, charmante et occupée décide de prendre les deux chattes, les baptise Violette et Rose et les embarque chez elle. Violette ne veut pas sortir du placard, depuis un mois elle observe sa nouvelle maitresse, les bruits qu’elle fait dans l’appartement, sa manière de vivre, elle voit par l’entrebaillement du placard les lumières qui s’allument et s’éteignent. L’alternance du jour et de la nuit. Violette est triste. La voisine attend qu’elle sorte. Ce sera une sorte de récompense. Rose, elle, a déjà pris ses habitudes. Comme les chats il nous faut du temps parfois quand tout est chamboulé et puis un jour ça va mieux.
9H. Le marchand de chaussures en bas ouvre la porte et laisse sortir une dame qui s’enfuit trop vite pour ne pas qu’on devine le rendez vous amoureux avant que les clients n’arrivent, au milieu des bottes, baskets, des sandales fraichement arrivées. Dans l’arrière boutique ils se sont peut être aimés vite fait avant le rush du premier jour de la braderie.
Un charmant jeune couple. Beaux comme on est beau à vingt ans quand on s’aime et des étincelles dans les yeux. Ils ont loué le triplex. Un déménagement pénible dans l’étroit escalier entre les premiers, deuxième et troisième étages. Rien absolument rien ne pouvait décourager ce formidable désir de vivre ensemble. Antoine et Valentine.
Le chien déteste les trottinettes, les skateboards, les gens qui courent, les valises, le vent. La truffe en avant il avance et se retourne souvent. Inquiet. Quel horrible bruit va surgir ? Lui qui ne fait pas plus de 8 kg se transforme alors en un lion qui rugit, tire sur sa laisse à s’en égosiller. Parfois on se croit autre qu’on est et la peur nous donne une force décuplée.
Aujourd’hui il se rêve chanteur d’opérette, hier c’était styliste, demain sera encore autre. Il a des rêves plein la tête et des projets parfois. Hier il a vu un chien seul dans la rue. Ils se sont regardés. Il a tendu la main, le chien s’est approché, l’a reconnu en somme. Désormais dans son petit appartement Caruso attend que son maitre ait fini de chanter et pense à le sortir pour pisser.
La vendeuse du magasin de vêtements est très aimable avec tout le monde. Elle sourit, blague, raconte tous ses coups de cœur pour les fringues, cherche et déniche ce qui ira bien avec ça, et puis se jette dans la confidence. Avant elle s’occupait d’enfants autistes alors les gens elle les aime, elle cherche la conversation, aide au besoin.
Il est des histoires brèves qui racontent toute une vie.

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