J’ai choisi deux portraits de ce peintre, Corot, que je connais surtout pour ses paysages. Deux portraits de femmes et je vous raconte pourquoi l’une et l’autre m’ont particulièrement touchée avant de publier d’autres photos toujours de ses tableaux où il portraitise des femmes.
La moissonneuse à la faucille. J’aime beaucoup La moissonneuse qui pour moi éclipse tous les autres portraits . Je ne sais pas d’où me vient cette grande passion : elle n’est pas particulièrement jolie , son expression n’est pas particulièrement spirituelle. Mais je trouve qu’elle exprime une forme de plénitude dans son acceptation de la vie , sans autre ambition que celle du travail accompli . Elle n’est pas résignée , pas de regrets, pas d’amertume , elle accepte .
Suffisamment forte , elle regarde l’avenir avec confiance même si le ciel s’emplit de nuages . Aucun calcul dans ce regard . Elle se repose et prend son temps. C’est cela : elle est magnifiquement reposante .


La Dame en bleu
Le tableau appartient à ce que l’on pourrait appeler le cycle des « Madame Bovary » ou des bourgeoises , que peint Corot dans les dernières années de sa vie de 1865 à 1875, La dame en bleu s’inscrit dans la série des figures solitaires et pensives inauguré en 1826 avec l’italienne mélancolique suivie vers 1835 de l’émouvante Femme à la poitrine dévoilée, tableaux emblématiques d’un thème d’inspiration revenant comme un Leitmotiv dans toute l’oeuvre du peintre. D’une force d’expression et d’une acuité psychologique encore peu communes dans le portrait à l’époque, cette toile (de ce petit format qu’affectionnait le peintre) apparait comme un testament.
Loin de tous les poncifs et de toutes les conventions dans lesquels le genre restera longtemps empêtré au XIXème, La Dame en bleu, ultime portrait de l’artiste , témoigne tant par la liberté de la facture (empâtements et larges coups de brosse) que par l’émotion qui s’en dégage , de l’extraordinaire modernité de Corot. On y voit le talent du génial portraitiste que fut ce « miracle du coeur et de l’esprit « (Baudelaire) sachant comme personne faire effleurer sur un visage les pensées secrètes et l’intériorité d’un personnage.





De belles émotions, n’est-ce pas la vocation première de l’art ? C’est ce que je vous souhaite les regardant. Elles ou nous, finalement quelle différence ? Aucune si ce n’est que le peintre a su saisir l’instant, le voler en quelque sorte, faire poser les plus humbles, montrer le travail à l’oeuvre, lui donner vie et le figer pour l’éternité. Merveilles de l’art qui si souvent nous saisissent.

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