Minute philo: Ruminations ?

Faire un trou.

Alexandre Lacroix, philosophe et Directeur de la rédaction de Philosophie Magazine raconte dans un édito comment, enfant, alors qu’il avait eu une mauvaise note à un devoir, plutôt que donner sa copie à sa mère et se faire disputer, il a choisi de chiffonner la copie, d’en faire une petite boule qu’il a enterrée dans un bac à sable en prenant bien soin de tasser le tout.

Rien ne s’est ensuivi de cet « enterrement », aucune remarque de son professeur quant à la copie qui n’est pas revenue signée, aucune trace de sa note dans sa moyenne. L’évènement malheureux avait été avalé par le bac à sable.

Disparu.

Il me vient alors l’idée de nos ressassements.

Nietzsche dit  » Pour pouvoir vivre l’homme doit posséder la force de briser un passé et de l’anéantir et il faut qu’il emploie cette force de temps en temps ».

Ainsi ce qu’on ne maitrise pas, ce qui pourrit parfois la vie de notre histoire personnelle en remontant à la surface de la mémoire, contrairement à ce que dit C. Pépin dans un de ces derniers ouvrages « Vivre avec son passé », je pense qu’il faut tout faire pour l’oublier.

Faute de quoi nous nous condamnons à le ruminer. La psychanalyse peut nous aider mais elle ne fait pas disparaitre les choses ni les faits, tout au plus nous aide t’elle à les comprendre et par là même à les écarter (contrairement à l’étymologie de « comprendre »). Mais les écartant, nous allons tout droit au creusement du dit trou.

Il y a sûrement des tas de manières de pratiquer cet oubli Nietzschéen libérateur mais la plus simple et la plus concrète est celle-ci : il faut creuser un trou et soigneusement le reboucher. Nos grands mères ne nous disaient elles pas devant nos chagrins « Mets le dans ta poche et ton mouchoir par dessus » ?

Alexandre Lacroix le fait concrètement. Comme nous n’allons pas transformer la planète en gruyère, elle souffre déjà assez, et à l’heure où les mouchoirs sont de papier, il nous appartient de creuser des trous symboliques et d’y enfouir ces scories. Je l’ai fait, ça marche.

Ainsi disséminés, ces souvenirs, ces douleurs, ces ressassements s’éloignent de nous. Ils resurgiraient qu’il nous appartiendrait alors de trouver un autre endroit où les enfouir, plus profondément encore.

Je vous espère des astuces telles et de la volonté pour ne pas vous laisser polluer par les évènements malheureux de votre histoire.


Abonnez-vous

c’est gratuit !

7 réponses à “Minute philo: Ruminations ?”

  1. Avatar de Bertrand75
    Bertrand75

    Bien dit ! Pas facile mais avec un peu de volonté et de contrainte sur son cerveau, possible !

    1. Avatar de @@Dominique@@

      C’est vrai, ce n’est pas chose facile, mais chasser les souvenirs inintéressants ou douloureux et les remplacer par une autre activité mentale, ou plus factuelle peut s’avérer bénéfique pour notre tranquillité d’esprit. Bon week end !

  2. Avatar de Nath
    Nath

    Belle image, pertinente et pleine de bon sens. Nathalie

    1. Avatar de @@Dominique@@

      Merci Nathalie, bon we à vous !

  3. Avatar de Sergedailleurs
    Sergedailleurs

    Voilà une démarche intéressante si je vous suis bien : l’oubli volontaire. Or l’oubli par nature ne relève pas d’une volonté mais d’un effacement subi. Je trouve ainsi votre texte infiniment poétique . Merci !

    1. Avatar de @@Dominique@@

      Merci, oui, l’oubli est une défaillance de la mémoire mais il m’a semblé intéressant et quelque peu ludique d’imaginer le temps de quelques lignes cette possibilité d’enfouir notre « mémoire livide ». Rêvons et essayons car qui sait… cela peut fonctionner. Ne dit-on pas « j’ai voulu oublier » ? Cela me fait penser à cette chanson chantée par Aznavour « NON, je n’ai rien oublié… « 

  4. Avatar de Helene6908
    Helene6908

    Le philosophe considère que l’oubli est un gardien de la vie. Il ne s’agit pas d’une force d’inertie comme vous le dites si bien, mais en effet « d’un pouvoir actif, une faculté d’enrayer ». Il soutient par conséquent qu’il est parfois nécessaire de fermer de temps en temps les portes et les fenêtres de la conscience .

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *