Avec le printemps, vient la douceur.
En dehors de cette belle ouverture vers l’extérieur, il est temps de nettoyer son intérieur et faire jaillir nos mouvements d’âme.
La douceur. Quelque chose d’un peu secret. Rares sont ceux qui vont dire parlant d’eux « je suis douce, doux ».
On se méfie de la douceur souvent associée à quelque chose de mielleux, dans une société où le parler haut domine. Trop souvent associée également à la complaisance, à la féminité, à une manière d’arrondir les angles, une sorte de protection maternelle qu’on déguste d’où les douceurs, ces gourmandises sucrées.
Dans un monde souvent cruel elle n’aurait pas sa place, ne serait qu’une chose molle, passive qui aurait renoncé à la colère.
Pour Aristote le doux ne s’oppose pas à la colère, pour lui, la personne douce est celle qui se met en colère lorsque c’est nécessaire quand il faut et avec qui il faut.
Le doux sait donc juger le moment où il faut sortir de la douceur, le doux est celui qui a la capacité de garder son calme et de n’intervenir qu’au bon moment, celui qui renonce à la violence.
La philosophe Anne Dufourmantelle donne ses lettres de noblesse à la douceur qui vient du latin « suavitas ». Elle se dit d’un animal, d’un geste , d’un visage, d’une qualité qui ne se laisse pas appréhender facilement, elle est difficile à apprivoiser, comme l’innocence, la vulnérabilité.
En lien avec la chair, elle est incarnée à travers le corps : une peau contre notre main, un visage, une caresse, le corps est le véhicule de la douceur qui se montre et se vit dans notre chair. La douceur vient ainsi du corps, elle impressionne, elle s’oppose à la violence, elle est une force imprenable, ainsi une personne qui fait preuve de douceur quand on est en colère nous laisse démunis.
Ce pouvoir se partage, la douceur a besoin de l’autre. Elle demande la présence de quelqu’un, elle demande à être accueillie, on s’imprègne d’elle. Elle est un moment à deux, une zone de partage entre deux individus.
Elle est également une forme d’animalité, elle n’appartient pas qu’aux hommes, mais aussi à l’animal par le regard, le toucher et ce sentiment d’innocence. La douceur de l’animal nous touche car elle coïncide avec lui même. Elle est une manière d’appréhender le monde, plus qu’une qualité, un geste, un mouvement, une intelligence, un éveil, on ne peut exiger la douceur d’autrui, on ne peut que l’espérer. Elle nous relie à notre animalité.
Elle fait place cette douceur à une manière de se présenter face à l’existence et va de pair avec l’émerveillement, le désir. Une forme de résistance émotionnelle.
Je vous espère des regards et des mains qui se tournent vers vous, emplis de douceur.

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