Ceci n’est pas un détail en fait…
Un rappel à l’ordre.
Nous sommes des corps nés d’autres corps, des corps nourrissant d’autres corps, ayant des rapports sexuels avec d’autres corps, cherchant une épaule sur laquelle s’appuyer ou pleurer, faisant de longs trajets pour être près d’autres corps, cherchant une bouche, des lèvres, des mains, s’enroulant la nuit à d’autres corps, s’agrippant parfois à eux, lui …
Ce rapport au corps je le vis intensément, comme vous peut être.
Il se rappelle à nous ce corps au sortir de l’hiver, un peu souffreteux, blanchâtre, rugueux et la peau sèche. Il nous parle ainsi. Le mien parle beaucoup en ce moment, il est bavard et je réalise qu’il faut prêter l’oreille, qu’il fait tout pour ne pas qu’on l’ignore, il se manifeste en quelque sorte et milite pour une reconnaissance.
Lui qu’on juge tantôt trop lourd, trop maigre à contrario, trop vieux, lui qui semble être comme en décalage de nous, dont nous sommes parfois honteux : il correspond si peu à celui auquel on aurait rêvé ! Lui qu’on accuse si souvent de tous les maux de la terre, qu’on se surprend à trimballer comme une valise de peine et d’inconfort, lui qu’on voudrait contraindre, muscler, qu’on fait crever sur des sentiers rocailleux, qu’on fait geler de froid, qu’on use de chaleur, dont on voudrait qu’il honore nos ambitions, nos désirs, nos souhaits de performances, qu’il soit merveilleux alors même qu’il EST seulement.
Faut-il attendre qu’il soit malade ce corps pour qu’enfin on réalise qu’il faut le chôyer, le bichonner, le chérir ? Que tout ce que notre société nous renvoie d’images de corps ne sont justement que des images.
Alors si au lieu de parler de cellulite, poids, peau flasque, nous évoquions ce qu’il contient comme émotions, chagrins inavouables, douceurs immenses, chocs traumatisants ? Si nous leur faisions enfin la place qu’ils méritent dans nos vies ?
Une attention redoublée.

Laisser un commentaire