L’art du détail



Une lettre d’amour.

Fragonard nous fait pénétrer dans les secrets d’une jeune femme assise à son secrétaire. C’est là qu’elle rédige sa correspondance. Elle vient de recevoir une lettre, qu’elle tient dans la main droite, accompagnée d’un bouquet de roses et de petites fleurs blanches. Nous la surprenons, nous sommes indiscrets, comme l’indique le regard à la fois surpris et mutin qu’elle dirige vers nous. Son chien aussi nous regarde. L’ameublement, la décoration intérieure, les vêtements et la coiffure très sophistiquée (charlotte ornée de rubans et d’un voile de gaze) indiquent que cette femme appartient à un milieu social élevé, probablement la noblesse. Les étoffes sont mises en valeur par le traitement des plis, qui s’éloigne beaucoup de la manière habituelle de l’époque cherchant à représenter le moiré du tissu par des aplats de couleur, comme le fait François Boucher pour son Portrait de la marquise de Pompadour (1756). Fragonard utilise au contraire une multitude de petites formes géométriques pour restituer le plissé, la brillance et l’épaisseur de l’étoffe.

La lumière solaire éclaire la scène en entrant par l’œil-de-bœuf. Reprenant ainsi une composition-type de Vermeer (fenêtre à gauche), l’artiste illumine puissamment le visage et la main tenant le bouquet, ainsi que le chien. Le chromatisme discret utilise les ocres, les verts, les gris et les blancs avec la pointe de rose des fleurs, des joues poudrées et de la coiffure. Fragonard privilégie les couleurs chaudes donnant à sa composition une dominante dorée avec quelques contrepoints de couleur froide, en particulier le vert du siège et du sous-main. Il instaure ainsi une ambiance raffinée et chaleureuse qui renvoie à l’intimisme de la scène.

Il serait excessif d’utiliser le terme pré-impressionniste pour une telle composition. Cependant, le dessein de l’artiste consiste de toute évidence à capter un instant fugitif de la réalité. Fragonard ne cherche pas à montrer une figure intemporelle de l’époque, mais l’émotion se lisant sur le visage d’une femme que l’on surprend recevant une lettre d’amour. Une simple impression d’artiste traitée par une technique suggestive, une spontanéité créative qui éloigne le peintre de la raison classique.


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Une réponse à “L’art du détail”

  1. Avatar de Sylvie
    Sylvie

    Merci ! C’est passionnant !

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