Epistolaire

Un pays de merveilles ?

Tout le monde connait le conte « Alice au pays des Merveilles » et ce mélange d’effroi, de fascination, de peur, d’angoisse, d’émerveillement à cette lecture que nous en faisions enfants ou plus tard, ou que nous faisions à nos enfants.

D’où vient ce mélange d’émotions, ressentis si divers voire opposés ?

Alice au Pays des Merveilles n’est pas seulement une plongée dans un univers fantasmagorique ; c’est aussi une allégorie du passage de l’enfance à l’âge adulte, une invitation à remettre en question l’ordre établi, à jouer avec la logique et à embrasser l’absurde.

Plus d’un siècle et demi après sa création, son écho ne s’est pas affaibli.

Chaque génération y découvre une nouvelle lecture, une nouvelle signification, prouvant que ce voyage au pays des merveilles est avant tout un voyage au cœur de l’imaginaire humain. Un imaginaire tortueux, dangereux parfois, fascinant.

Comment est née cette histoire ?

L’histoire d’Alice au Pays des Merveilles naquit au fil de l’eau, un après-midi d’été, le 4 juillet 1862. Ce jour-là, sous un ciel limpide, le mathématicien et écrivain Charles Lutwidge Dodgson, plus connu sous le nom de Lewis Carroll, vogua sur la Tamise en compagnie de son ami, le révérend Robinson Duckworth, et des trois filles du doyen de Christ Church : Lorina, Edith et Alice Liddell.

Alors que la barque glissait doucement sur le fleuve, bercée par le clapotis de l’eau, la jeune Alice, avide d’histoires, demanda à Dodgson de lui en inventer une. Inspiré par l’instant, il imagina les aventures d’une fillette prénommée Alice, emportée dans un monde étrange après avoir suivi un lapin blanc dans son terrier. Son récit, spontané et foisonnant d’extravagances, enflamma l’imaginaire de l’enfant. Enthousiaste, elle le supplia de le mettre par écrit, afin qu’il ne s’évanouisse pas avec le courant du fleuve.

Deux ans plus tard, en 1864, Dodgson lui offrit un précieux manuscrit intitulé Alice’s Adventures Under Ground, qu’il avait lui-même illustré.

Mais ce conte merveilleux cache bien des mystères. Plusieurs de ses personnages trouvent leur origine dans le réel : Alice Liddell prêta son prénom à l’héroïne, et certains protagonistes s’inspirent de figures ayant marqué la vie de Dodgson. Le Lapin Blanc, la Chenille ou le Chapelier Fou portent en eux des échos de la logique et des mathématiques, reflets de l’esprit rigoureux et fantasque de leur créateur. La Reine de Cœur, avec son autorité brutale et ses sentences absurdes, évoque la rigidité du monde victorien, tandis qu’Alice incarne la curiosité insatiable et l’aspiration à la liberté.

Je vous espère des émerveillements d’enfants encore et toujours.


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7 réponses à “Epistolaire”

  1. Avatar de Helene6908
    Helene6908

    J’ai toujours quand j’étais enfant été terrorisée par ce conte et encore aujourd’hui l’adulte que je suis devenue le lit avec un certain malaise. Sans doute comme vous le dites, des peurs inconscientes qui jaillissent. Merci pour cet article si pertinent. Bon we !

    1. Avatar de @@Dominique@@

      Merci Hélène oui il en va de même pour moi, c’est un conte qui me met à l’aise, je pense que c’est comme le dit un autre lecteur, l’appel du vide, la peur de sombrer, tomber, tomber et le malaise devant une étrangeté dont on a du mal à percevoir la nature.

  2. Avatar de Serge Doucet
    Serge Doucet

    Je suis en retard, je suis en retard, pour un rendez-vous très important ! Pas le temps de dire « Bonjour, au revoir » Je suis en retard, je suis en retard, je suis en retard ! 😘

    1. Avatar de @@Dominique@@

      le conte interroge en effet ce rapport au temps, rapport si élastique, si personnel si on ne considère pas le temps des pendules, si inquiétant également ici, car être à l’heure dans nos vies, pour que tout coïncide, peut avoir tellement de sens différents.

  3. Avatar de Hubert75
    Hubert75

    La peur est nécessaire pour structurer l’esprit de l’enfant. Je trouve que ce conte génère plutôt un malaise du fait du vide je pense …un vertige en somme . Merci pour vos articles toujours intelligents

    1. Avatar de @@Dominique@@

      Oui la peur est inhérente à tous les contes : peur d’être dévoré etc. L’enfant apprend par les contes et le déroulé du récit à surmonter ses peurs, une sorte de catharsis en fait. Merci pour votre commentaire Hubert

  4. Avatar de Sylvie
    Sylvie

    Belle analyse !

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