Un vertige.
Je suis tombée il y a peu sur une étude déclarant qu’un adulte peut en moyenne se souvenir de 5000 visages. Il est fort probable que nous oublierons les noms, les lieux dans lesquels nous les aurons croisés mais une certaine familiarité pourra être établie avec 5000 figures tout au long de notre vie ; Cette annonce m’a semblé vertigineuse.
Imaginons ces 5000 personnes réunies dans un même espace, imaginons l’ivresse de toutes ces couches de nos vies , parfois si hermétiquement étanches, qui se superposent. Les amis d’école, les collègues de travail, les amours adolescentes, les copains de fac, l’électricien venu réparer la chaudière en 1995, l’inconnu que l’on croise tous les matins devant la boulangerie … Imaginons l’atlas humain que cela représenterait.
Imaginons ce que cela dirait de nous, de nos existences, de nos envies, de nos réussites, de nos défaites. Plus étonnant encore parmi ces 5000 personnes, l’anthropologue Robin Dunbar, dans un ouvrage passionnant sur l’amitié, explique que nous ne pouvons pas entretenir des rapports dignes de ce nom avec plus de 150 personnes et il ajoute que l’amitié véritable s’articule le plus souvent autour de 5 individus maximum.
Cette vision pose des questions saisissantes. Dans un monde sans cesse menaçant et changeant, dans un quotidien où tout va très vite, trop vite, dans une salle remplie de 5000 visages avec qui décidons nous de nous lier ? Et pourquoi ? Qui sont ces personnes qui par nécessité, par habitude, par accident se sont distinguées dans la foule ? Comment et pourquoi ont elles transformé nos trajectoires ?
Ces chiffres excluent de fait les relations virtuelles qui à mon sens ne sont pas des relations mais des fantasmes de mises en scène.
J’adore les statistiques même si je panique à l’idée de faire le moindre calcul, j’aime profondément l’idée que ces données puissent nous raconter ou en tout cas mettre en lumière nos modes de vie.
Je vous espère de reconnaître ceux qui comptent ou ont compté dans cette foule.

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