Par gros temps

Une passion nouvelle.

Pendant que certains se passionnent pour les énièmes pas de Trump à la Maison Blanche, les pauvres, moi je suis à fond sur le Vendée Globe.

« Je ne m’explique pas le pourquoi du comment mais j’ai développé une addiction proche du pathologique pour cette course autour du monde en bateau, je suis tous les participants sur Instagram et je lis absolument tous les articles sur le site officiel. Je l’avais d’autant moins vu venir que je vomis avant même de monter sur n’importe quel bateau.

Bref, la navigation ne coule pas dans mes veines et pourtant…

Pourtant, donc, je suis en apnée depuis plus de soixante jours. Pour la jeune Violette Dorange, 23, ans, qui effectue son premier Vendée, sur l’ancien bateau de Jean Le Cam.

Violette, donc, une bouille à croquer, un sourire à faire fondre les icebergs du pacifique sud et un courage en bandoulière qui me fait m’interroger quotidiennement: qu’est-ce qui peut expliquer que le monde se divise en deux, les lâches d’un côté et les Violette de l’autre ? (je caricature)

J’ai donc quelques éléments de réponse, certes, mais je m’interroge tout de même: comment Violette Dorange a-t-elle été élevée pour avoir, à 23 ans, (un nouveau né en quelque sorte) l’envie et l’idée de s’en aller seule pendant près de trois mois sur un rafiot, pour traverser des endroits où pas une âme ne s’aventure à part quelques albatros ? Et surtout: comment font ses parents depuis dix semaines ? Bénéficient-ils d’une cellule psychologique ? Est-ce qu’ils dorment à tour de rôle au cas où elle les appellerait ? Personnellement je pense que j’aurais opté pour un coma artificiel jusqu’à son retour. Savoir un de mes fils seul sur une barque à voile au point Nemo (le point le plus éloigné de toute terre sur le globe) est complètement inenvisageable.

Violette Dorange, avec son timbre fluet, son enthousiasme enfantin lorsqu’elle passe le cap Horn ou qu’elle filme son bateau depuis le haut de son mat (28 mètres) en s’exclamant que c’est moitié beau moitié effrayant (NON VIOLETTE C’EST 100% EFFRAYANT, REDESCENDS IMMÉDIATEMENT), sa voix qui tremble parfois dans certains de ses vocaux parce qu’il lui a fallu remonter sur ce mat par vingt noeuds de vent et deux mètres de houle.

Mais aussi Jean Le Cam, à l’autre bout de la pyramide des âges des concurrents de cette édition 2024, vieux loup de mer ébouriffé, peau tannée du gars qui se bat les reins des UV, yeux délavés et grosses pognes qui savent tout réparer à bord. Lui aussi envoie des vidéos depuis le Cap de Bonne Espérance, les îles Kerguelen ou le haut de son mat. Il ponctue toutes ses phrases d’un “tac tac tac” devenu légendaire chez nous les suiveurs. (oui, on forme une communauté). Si Violette m’angoisse, le roi Jean, lui, m’apaise. Rien ne semble l’ébranler, ni la perte de son J1 (évidemment que je connais désormais le nom de chacune des voiles), ni la rupture d’un câble qui peut potentiellement provoquer le démâtage (le pire qui puisse arriver sachez-le). Tac tac tac, le gars bricole, recoud, colmate, fait des noeuds. Il doit en être à son dixième tour du monde, mais quand il passe le Horn, il a de l’eau plein des yeux. Et lorsqu’une jeune pilote d’avion basée aux Malouines le survole avec son petit coucou et l’appelle à la radio, il est heureux comme un gamin devant le sapin. Avec sa grosse voix, on pourrait se dire que c’est un ours mal léché mais il y a deux jours, il a hébergé un petit oiseau visiblement fatigué par sa grande traversée et qui avait trouvé refuge à l’avant de son embarcation. Croyez-moi, vous ne verrez rien de plus mignon que Jean Le Cam tentant de faire boire de l’eau à ce piaf prénommé Albert pour l’occasion. Quand il lui dit “n’aie pas peur mon coeur” on est ému voilà ».

Que de belles et bonnes émotions ….J’aimerais bien le voir ce Horn mais de la terre évidemment 🙂


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