Et pendant ce temps…

La vie (aussi)

Le SDF de la rue à côté a des lunettes de soleil, un téléphone portable, deux chiens, trois couvertures : une à carreaux, une grise-verte un peu comme les couvertures de l’armée autrefois et une dont la couleur reste à définir, marron peut être.

Le trottoir a fait son travail de poussières, de pisses de chiens et de crottes, de crachats, de toutes les bactéries qui se sont agglutinées là. Il faut survivre à ça. Vivre d’accord mais surtout survivre.

A intervalles réguliers le jeune assis là se lève et va chercher une crêpe au Nutella. Au sucre parfois. Il compte l’argent avant et fait selon. Le Nutella c’est quand les gens sont généreux.

Un des chiens a froid aujourd’hui. Il est recouvert de la couverture à carreaux. Rien ne dépasse, ni la queue, la tête, rien. Des heures comme ça. Depuis 11 heures, heure à laquelle le SDF arrive avec ses chiens en laisse, un métronome , jusqu’à 17 heures quand le soleil se couche.

Quand il se lève pour sa crêpe, celui qui ne s’appelle pas autrement que par l’acronyme « SDF », le chien qui ne dort pas se dresse et hurle. Le jeune fait dix pas, le chien est abandonné, se ressent peut être comme tel : l’instinct de la peur. Il tremble sur ses pattes, le regard fixé sur son maitre cinq mètres plus loin qui rigole avec la fille qui fait les crêpes.

Arrête de rigoler et viens, c’est ce que dit le chien, dans sa langue, entre ses crocs.

Dépêche toi parce que nous sans toi, on est rien, on est bon pour la fourrière puis le refuge au mieux et derrière… tu la connais la suite. C’est ça que tu veux à rigoler avec cette fille ?

De quoi se mettre en colère c’est vrai.

Un type s’arrête, ils bavardent, les deux : le SDF qui est revenu et le type bien mis, plié en deux car l’autre est assis, dans un mouvement vers la poussière et la misère. Il lui pose des questions. Le SDF a quitté ses lunettes de soleil mais il reste assis.

Il sourit, ça fait pleurer son chien et la vendeuse de la bijouterie en face.


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