{"id":993,"date":"2025-10-25T07:48:26","date_gmt":"2025-10-25T05:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/?p=993"},"modified":"2025-10-25T13:25:22","modified_gmt":"2025-10-25T11:25:22","slug":"se-faire-des-noeuds-au-cerveau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/?p=993","title":{"rendered":"Se faire des noeuds au cerveau ?"},"content":{"rendered":"\n<p>(temps de lecture : 5mn)<\/p>\n\n\n\n<p>A propose de quelques expressions qu&rsquo;on utilise sans savoir d&rsquo;o\u00f9 elles viennent \u00e0 bon ou mauvais escient et qui pourrissent la vie si j&rsquo;en crois vos publications, \u00e9panchements, confidences, surgissements  ici et l\u00e0 .<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Couper les cheveux en quatre <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle,<\/strong>&nbsp;on disait \u00ab&nbsp;fendre un cheveu en deux&nbsp;\u00bb avant de parvenir \u00e0 l\u2019expression actuelle. Elle ne d\u00e9crit donc pas l\u2019art du coiffeur \u2013&nbsp;pour qui d\u00e9couper un long cheveu en quatre est un jeu d\u2019enfant&nbsp;\u2013 mais l\u2019obsession de celui qui veut atteindre la perfection au prix d\u2019une m\u00e9ticulosit\u00e9 extr\u00eame, qui complique tout. Nous attachant \u00e0 des d\u00e9tails inutiles, nous attelant \u00e0 une t\u00e2che infinie, obnubil\u00e9s par le d\u00e9sir de perfection, nous oublions l\u2019essentiel.&nbsp;<strong>Jean-Jacques Rousseau<\/strong>, dans son&nbsp;<em>Discours sur l\u2019origine et les fondements de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 parmi les hommes&nbsp;<\/em>(1755), fustige la passion moderne pour les techniques les plus sophistiqu\u00e9es, qui nous font oublier la richesse du rapport imm\u00e9diat que nous entretenons avec la nature ou nos semblables.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Chercher Midi \u00e0 Quatorze heures <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette expression datant du XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle signifie chercher une chose l\u00e0 o\u00f9 elle n\u2019est pas.&nbsp;<\/strong>Au lieu de tendre la main, de profiter de ce qu\u2019on a sous les yeux, on a souvent tendance \u00e0 \u00e9chafauder des hypoth\u00e8ses sophistiqu\u00e9es. Dans la nouvelle d\u2019Edgar Allan Poe&nbsp;<em>La Lettre vol\u00e9e&nbsp;<\/em>(1844), des policiers fouillent de fond en comble un appartement \u00e0 la recherche d\u2019un document compromettant. Or, au lieu d\u2019\u00eatre dissimul\u00e9e dans un endroit difficile \u00e0 trouver, la lettre avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e bien en vue dans un porte-documents sur le bureau. Mais la lettre de l\u2019expression nous dit, elle, autre chose&nbsp;: au lieu de profiter du pr\u00e9sent, nous allons au-devant de nous-m\u00eames, vers un ailleurs plus palpitant que l\u2019\u00e9vidence de ce qui nous est donn\u00e9.&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;On aime mieux la chasse que la prise&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;rel\u00e8ve&nbsp;<strong>Blaise Pascal<\/strong>&nbsp;dans ses&nbsp;<em>Pens\u00e9es&nbsp;<\/em>(1670). Le divertissement, l\u2019aventure, le plaisir angoiss\u00e9 de la qu\u00eate nous \u00e9loignent de notre pr\u00e9sence \u00e0 nous-m\u00eames et aux autres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>S&rsquo;en faire toute une montagne<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>On imagine parfois qu\u2019une prise de parole en public,<\/strong>&nbsp;un engagement ou une explication sinc\u00e8re avec un ami vont constituer des \u00e9v\u00e9nements si p\u00e9nibles qu\u2019il faut s\u2019y pr\u00e9parer longuement et y arriver apr\u00e8s de pesants efforts. On angoisse, on exag\u00e8re les difficult\u00e9s, on dramatise inutilement. C\u2019est la crainte d\u2019\u00e9chouer qui nous g\u00e2che l\u2019existence et qui nous paralyse. Le philosophe&nbsp;<strong>Alain&nbsp;<\/strong>rappelle dans&nbsp;<em>81&nbsp;Chapitres sur l\u2019esprit et la sagesse<\/em>&nbsp;(1921) que&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;la peur est plus grande de loin&nbsp;\u00bb,<\/em>&nbsp;car on ne voit pas clairement et distinctement le moment d\u00e9sagr\u00e9able que l\u2019on devra traverser. (c&rsquo;est aussi l&rsquo;histoire des bottes de paille que je vous raconterai un jour prochain)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Au contraire, en refusant de se repr\u00e9senter \u00e0 l\u2019avance les difficult\u00e9s que l\u2019on aura \u00e0 vaincre, en avan\u00e7ant avec r\u00e9solution vers le moment tant redout\u00e9, on remplace la peur par la perception de ce qu\u2019on a \u00e0 affronter.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Se mettre la rate au court-bouillon<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tout droit sortie d\u2019un roman de Fr\u00e9d\u00e9ric Dard<\/strong>&nbsp;(en 1965) ou des<em>&nbsp;Tontons flingueurs,<\/em>&nbsp;cette sympathique expression renvoie \u00e0 la m\u00e9decine de l\u2019Antiquit\u00e9. Selon cette tradition, rest\u00e9e vivace en Occident, la rate est l\u2019organe qui produit la bile noire, liquide (on disait humeur) qui fait na\u00eetre la m\u00e9lancolie. Face \u00e0 certaines situations, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 se manifeste par un malaise presque physique. On souffre en \u00e9num\u00e9rant toutes les possibilit\u00e9s, on est plein d\u2019inqui\u00e9tudes et on se montre incapable d\u2019\u00eatre satisfait de ce qu\u2019on a r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p> <strong>Comment lutter contre cette somatisation&nbsp;? Peut-\u00eatre en assumant son \u00e9tat et en puisant dans ses id\u00e9es noires pour trouver des solutions originales, totalement singuli\u00e8res.&nbsp;Aristote, d\u2019ailleurs, consid\u00e8re dans un bref trait\u00e9 que la m\u00e9lancolie est souvent l\u2019apanage de l\u2019homme de g\u00e9nie. Cuisiner sa rate, c\u2019est faire montre d\u2019une belle cr\u00e9ativit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Se faire des noeuds au cerveau <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cette formule appara\u00eet \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre la complexit\u00e9 de notre appareil c\u00e9r\u00e9bral<\/strong>&nbsp;\u2013&nbsp;au XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, donc. Au lieu de s\u2019extasier de sa sophistication, on se compla\u00eet \u00e0 tout compliquer, alors que la situation est on ne peut plus simple. C\u2019est la maladie de ceux qui n\u2019avancent pas mais s\u2019ing\u00e9nient \u00e0 cr\u00e9er de nouveaux obstacles, finissant par tellement s\u2019emm\u00ealer qu\u2019ils ne peuvent plus rien faire ni penser.<\/p>\n\n\n\n<p><strong> Contre cette complexit\u00e9 structurelle de notre humanit\u00e9,&nbsp;Ren\u00e9 Descartes&nbsp;propose de d\u00e9finir une bonne m\u00e9thode, en envoyant aux oubliettes tout ce qui n\u2019est pas suffisamment \u00e9vident pour produire des r\u00e9sultats.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Se noyer dans un verre d&rsquo;eau <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mentionn\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle,&nbsp;<\/strong>ce vocable d\u00e9signait au d\u00e9part une personne si malchanceuse qu\u2019il lui suffisait un tout petit peu d\u2019eau pour s\u2019y enfoncer. Il sugg\u00e8re aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9tat de celui qui se fait d\u00e9passer par les \u00e9v\u00e9nements \u00e0 la moindre difficult\u00e9. Au lieu de n\u00e9gliger les petits \u00e9cueils, nous fixons notre attention sur eux et nous montrons incapables de continuer notre route avant de les avoir r\u00e9solus.<\/p>\n\n\n\n<p> <strong>Pour \u00e9viter l\u2019immersion, consid\u00e9rons, avec&nbsp;Hegel, le penseur de la dialectique, que les moments qui bloquent ou qui font mal sont in\u00e9vitables. Ils font partie d\u2019un mouvement plus large, au sein d\u2019un cheminement qui va de n\u00e9gation en n\u00e9gation jusqu\u2019au r\u00e9sultat souhait\u00e9.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Se prendre la t\u00eate <\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tr\u00e8s \u00ab&nbsp;ann\u00e9es&nbsp;1980&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/strong>cette expression signifie tout \u00e0 la fois compliquer une situation, gamberger au lieu d\u2019agir et s\u2019\u00e9nerver, voire se disputer avec autrui (\u00ab&nbsp;me prends pas la te-t\u00ea, hein&nbsp;!&nbsp;\u00bb). On s\u2019irrite soi-m\u00eame et on exasp\u00e8re autrui par la m\u00eame occasion en se figeant dans une attitude paralysante o\u00f9 l\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 passer \u00e0 autre chose, o\u00f9 l\u2019on fait mijoter l\u2019inqui\u00e9tude avec la nervosit\u00e9. Ce blocage du corps et de l\u2019esprit est typique, explique&nbsp;<strong>Spinoza<\/strong>, d\u2019une fermeture de sa capacit\u00e9 de raisonner et de d\u00e9ployer son identit\u00e9 vers le mieux. <strong>En se concentrant sur ses soucis au lieu de regarder le monde, on produit des affects n\u00e9gatifs qui nous interdisent de trouver une issue. Pour s\u2019en sortir, il faut se \u00ab&nbsp;d\u00e9prendre la t\u00eate&nbsp;\u00bb et utiliser son cerveau afin de saisir les tenants et les aboutissants de la situation.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le conseil de&nbsp;<\/strong><strong>Spinoza<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><strong>Ne vous laissez pas d\u00e9border par l\u2019irritation, la ranc\u0153ur, la souffrance. Levez la t\u00eate, observez, r\u00e9fl\u00e9chissez\u2026 et vous trouverez le bon chemin.&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(temps de lecture : 5mn) A propose de quelques expressions qu&rsquo;on utilise sans savoir d&rsquo;o\u00f9 elles viennent \u00e0 bon ou mauvais escient et qui pourrissent la vie si j&rsquo;en crois vos publications, \u00e9panchements, confidences, surgissements ici et l\u00e0 . 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