{"id":1910,"date":"2026-10-24T18:43:40","date_gmt":"2026-10-24T16:43:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/?p=1910"},"modified":"2026-10-24T19:07:58","modified_gmt":"2026-10-24T17:07:58","slug":"cassatt-et-degas-entre-elans-creatifs-et-disputes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/?p=1910","title":{"rendered":"Cassatt et Degas entre \u00e9lans cr\u00e9atifs et disputes"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A l&rsquo;occasion de la grande exposition au Mus\u00e9e d&rsquo;Orsay de l&rsquo;oeuvre de Mary Cassatt, un hommage qu&rsquo;on attendait depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle, je me suis pench\u00e9e sur le rapport de Degas et Cassatt, sur une amiti\u00e9 de 30 ans faite d&rsquo;influences r\u00e9ciproques,  de complicit\u00e9 artistique sans que Cassatt \u00e0 aucun moment ne soit l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de Degas comme on a pu l&rsquo;entendre \u00e7\u00e0 et l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La relation entre Mary Cassatt et Edgard Degas est l\u2019un des duos les plus \u00e9tranges de l&rsquo;histoire de l&rsquo;art. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, une Am\u00e9ricaine farouchement ind\u00e9pendante, pionni\u00e8re du f\u00e9minisme ; de l&rsquo;autre, un g\u00e9nie fran\u00e7ais r\u00e9put\u00e9 pour son humeur grincheuse et ses piques profond\u00e9ment misogynes. Pourtant, loin d&rsquo;\u00eatre intimid\u00e9e par le patriarcat ou par le cynisme de son mentor, Cassatt s&rsquo;en est amus\u00e9e toute sa vie, transformant les provocations de Degas en moteurs cr\u00e9atifs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Degas aimait lancer des piques sur l&rsquo;incapacit\u00e9 suppos\u00e9e des femmes \u00e0 comprendre les subtilit\u00e9s de l&rsquo;art. Un jour, face \u00e0 une \u0153uvre de Cassatt, il l\u00e2cha cette phrase devenue c\u00e9l\u00e8bre : <em>\u00ab Je n&rsquo;admettrais jamais qu&rsquo;une femme puisse peindre comme \u00e7a \u00bb<\/em>. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9pisode le plus r\u00e9v\u00e9lateur de ce jeu intellectuel survient vers 1886. Degas affirme un jour, avec un d\u00e9dain tout masculin, que les femmes ne connaissent rien au \u00ab\u00a0style\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cassatt ne r\u00e9pond pas par une dispute, mais par un tableau qui  fera date : Elle peint <em>La Jeune Fille se coiffant<\/em> (<em>Girl Arranging Her Hair<\/em>) et choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment un sujet ingrat : une jeune fille rousse, aux traits presque gauches, loin des crit\u00e8res de beaut\u00e9 id\u00e9alis\u00e9s. Degas est alors subjugu\u00e9 en voyant la ma\u00eetrise technique absolue, la texture et la composition. Pris \u00e0 son propre pi\u00e8ge, il ach\u00e8te la toile (ou l&rsquo;\u00e9change contre l&rsquo;un de ses propres nus) et la garde dans sa collection personnelle jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette ironie se retrouve au c\u0153ur m\u00eame de leurs \u0153uvres respectives, notamment \u00e0 travers leurs sc\u00e8nes de l&rsquo;Op\u00e9ra de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Degas peint souvent les femmes comme des objets de spectacle ou de d\u00e9sir, observ\u00e9es par des hommes \u00e0 l&rsquo;orchestre ou dans les coulisses.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans son c\u00e9l\u00e8bre tableau <em>Au th\u00e9\u00e2tre<\/em> (<em>In the Loge<\/em>) (en illustration de cet article) Cassatt inverse totalement le rapport de force. Elle y peint une femme v\u00eatue de noir, tenant fermement ses jumelles, activement engag\u00e9e dans l&rsquo;observation du spectacle. \u00c0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan, un homme la regarde avec ses propres jumelles. Cassatt cr\u00e9e une mise en abyme pleine d&rsquo;humour : sa protagoniste se moque \u00e9perdument d&rsquo;\u00eatre regard\u00e9e, elle est trop occup\u00e9e \u00e0 regarder le spectacle (ou la salle)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour une f\u00e9ministe radicale qui refusait le mariage et consid\u00e9rait la vie domestique comme un pi\u00e8ge pour la carri\u00e8re d&rsquo;une femme, le fait que Cassatt se soit sp\u00e9cialis\u00e9e dans les portraits de m\u00e8res et d&rsquo;enfants peut sembler ironique. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains critiques y voient une plaisanterie d\u2019initi\u00e9e : Cassatt utilisait les codes ultra-f\u00e9minins et l&rsquo;imagerie maternelle qu&rsquo;on attendait d&rsquo;elle pour exp\u00e9rimenter des techniques d&rsquo;avant-garde (comme les estampes japonaises), prouvant qu&rsquo;elle pouvait r\u00e9gner sans partage sur un domaine dont elle s&rsquo;\u00e9tait personnellement \u00e9mancip\u00e9e. Dans ses tableaux, les hommes sont totalement absents : les femmes y sont autonomes, dignes et essentielles. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mary Cassatt n&rsquo;a jamais cherch\u00e9 \u00e0 changer le caract\u00e8re acari\u00e2tre de Degas. Elle a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 s&rsquo;en amuser, le traiter en \u00e9gal, et utiliser sa misogynie comme le parfait carburant pour aff\u00fbter son art et asseoir son propre travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l&rsquo;occasion de la grande exposition au Mus\u00e9e d&rsquo;Orsay de l&rsquo;oeuvre de Mary Cassatt, un hommage qu&rsquo;on attendait depuis plus d&rsquo;un si\u00e8cle, je me suis pench\u00e9e sur le rapport de Degas et Cassatt, sur une amiti\u00e9 de 30 ans faite d&rsquo;influences r\u00e9ciproques, de complicit\u00e9 artistique sans que Cassatt \u00e0 aucun moment ne soit l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1928,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_feature_clip_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1910","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":true,"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/10\/flat750x075f-pad750x1000f8f8f8.jpg","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1910","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1910"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1910\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1936,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1910\/revisions\/1936"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1928"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1910"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1910"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1910"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}