{"id":1883,"date":"2026-10-10T08:09:56","date_gmt":"2026-10-10T06:09:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/?p=1883"},"modified":"2026-10-10T08:09:56","modified_gmt":"2026-10-10T06:09:56","slug":"sophie-calle-jeu-denfance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/?p=1883","title":{"rendered":"Sophie Calle : j(eu) d&rsquo;enfance"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>Histoires vraies<\/em><\/strong> : Le jeu du Chat et de la Sophie<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Article que je publie \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;anniversaire le 9 octobre de cette artiste que j&rsquo;adore. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faudrait la croire pour la voir. Prendre pour argent comptant ces histoires \u00e0 dormir debout, Sophie-la-pas-sage qui chaparde dans les grands magasins, Sophie-la-plus-grande qui projette de se marier sur la piste d\u2019un a\u00e9roport, Sophie et son drap brod\u00e9 \u00e0 ses initiales, Sophie et son d\u00e9 d\u2019amour, Sophie ceci et Sophie cela, Sophie par-ci, Sophie par-l\u00e0. Sophie Calle nulle part, parfois, aussi : \u00ab <em>J\u2019avais deux ans. Cela se passait sur une plage, \u00e0 Deauville je crois. Ma m\u00e8re m\u2019avait confi\u00e9e \u00e0 un groupe d\u2019enfants. J\u2019\u00e9tais la plus petite, ils jou\u00e8rent \u00e0 se d\u00e9barrasser de moi. Ils se groupaient, se parlaient en chuchotant, \u00e9clataient de rire et d\u00e9talaient d\u00e8s que j\u2019approchais d\u2019eux. Moi, je leur courais apr\u00e8s et je hurlais \u201fattendez-moi, attendez-moi\u201d.<\/em> <em>\u00c7a m\u2019est rest\u00e9.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Entre puzzle autobiographie et marelle autofictionnelle, le faux est souvent plus vrai que le vrai chez Sophie Calle. . Bien malin celui qui pourrait dire, \u00e0 la fin, quelle est la fin. Ainsi en va t&rsquo;il du mari.  <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> <strong><em>\u00ab\u00a0Notre hymen improvis\u00e9, au bord de la route qui traverse Las Vegas, ne m\u2019avait pas permis de r\u00e9aliser le r\u00eave inavou\u00e9 que je partage avec tant de femmes : porter un jour une robe de mari\u00e9e. En cons\u00e9quence, je d\u00e9cidai de convier famille et amis, le samedi 20 juin 1992, pour une photographie de mariage sur les marches d\u2019une \u00e9glise de quartier \u00e0 Malakoff. Le clich\u00e9 fut suivi d\u2019une fausse c\u00e9r\u00e9monie civile prononc\u00e9e par un vrai maire et d\u2019un banquet. Le riz, les drag\u00e9es, le voile blanc\u2026 rien ne manquait. Je couronnais d\u2019un faux mariage l\u2019histoire la plus vraie de ma vie.\u00a0<\/em><\/strong>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut dire qu\u2019\u00eatre soi n\u2019est jamais all\u00e9 de soi pour Sophie Calle\u2026 si l\u2019on s\u2019en tient, bien s\u00fbr, \u00e0 ce qu\u2019elle nous raconte. Et montre\u2026 Les petites imperfections que ses grands-parents souhaitent corriger (nez, cicatrice trop voyante, oreilles d\u00e9coll\u00e9es), une poitrine trop plate que sa m\u00e8re raille. Il n\u2019en faut pas plus \u00e0 la petite pour se croire mal fichue. Son corps est peut-\u00eatre bien le corps du d\u00e9lit : <strong><em>\u00ab\u00a0Je posais nue, chaque jour, entre neuf heures et midi. Et chaque jour, un homme assis \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 gauche du premier rang me dessinait pendant trois heures. Puis, \u00e0 midi pr\u00e9cis\u00e9ment, il sortait de sa poche une lame de rasoir et, sans me quitter des yeux, il lac\u00e9rait m\u00e9ticuleusement son dessin. Je n\u2019osais bouger, je le regardais faire. Il quittait ensuite l\u2019atelier, abandonnant derri\u00e8re lui ces morceaux de moi-m\u00eame. La sc\u00e8ne se renouvela douze fois. Le treizi\u00e8me jour, je ne vins pas travailler.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_le_faux_mariage_article.jpg\" alt=\"Sophie Calle, Des histoires vraies\" width=\"650\" height=\"452\" srcset=\"https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_le_faux_mariage_article.jpg 650w, https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_le_faux_mariage_article-300x209.jpg 300w, https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_le_faux_mariage_article-145x100.jpg 145w\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sophie Calle, Le faux mariage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><em>\u00ab\u00a0Chaque fois que ma m\u00e8re passait devant l\u2019h\u00f4tel Bristol, elle marquait un arr\u00eat, se signait, et nous priait de la boucler\u00a0: \u201fSilence, disait-elle, c\u2019est ici que j\u2019ai perdu ma virginit\u00e9\u201d.<\/em><\/strong>\u00a0\u00bb Toujours l\u2019intime, chez Sophie Calle, est au prix d\u2019une double contrainte, quelque part entre la pudeur et l\u2019impudeur, mais aussi le dire et le taire, le cacher et le montrer. On comprend mieux, d\u00e8s lors, l\u2019usage de la photographie dans ces <em>Histoires vraies<\/em>\u00a0: l\u2019image crue entre toutes les images\u00a0; la v\u00e9rit\u00e9 toute nue de l\u2019artifice. En t\u00e9moigne cette \u00e9trange sc\u00e8ne de strip-tease r\u00e9p\u00e9t\u00e9, \u00e0 laquelle on croit et on ne croit pas\u00a0: <strong><em>\u00ab\u00a0J\u2019avais six ans et j\u2019habitais rue Rosa-Bonheur chez mes grands-parents. Le rituel quotidien voulait que je me d\u00e9shabille tous les soirs dans l\u2019ascenseur de l\u2019immeuble et arrive ainsi nue au sixi\u00e8me \u00e9tage. Puis je traversais \u00e0 toute allure le couloir et, sit\u00f4t dans l\u2019appartement, je me mettais au lit. Vingt ans plus tard, c\u2019est sur la sc\u00e8ne d\u2019une baraque foraine donnant sur le boulevard Pigalle que je me d\u00e9shabillais chaque soir, coiff\u00e9e d\u2019une perruque blonde au cas o\u00f9 mes grands-parents qui habitaient le quartier viendraient \u00e0 passer.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais que cache donc Calle que Sophie ne cesse de nous montrer&nbsp;? Un peut-\u00eatre d\u2019identit\u00e9 qui se confond souvent avec un doute d\u2019intimit\u00e9. Un quelque chose quelque part du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une origine d\u00e9faillante. Serait-ce son c\u00f4t\u00e9 maternel, juif&nbsp;? Monique Sindler, la m\u00e8re donc, n\u2019\u00e9tait-elle pas la d\u00e9dicataire de la premi\u00e8re \u00e9dition des <em>Histoires vraies<\/em>&nbsp;? Allez savoir\u2026 Et certainement pas voir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_le_nez_article.jpg\" alt=\"Sophie Calle, Des histoires vraies\" width=\"650\" height=\"862\" srcset=\"https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_le_nez_article.jpg 650w, https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_le_nez_article-226x300.jpg 226w\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sophie Calle, Le Nez<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019intimit\u00e9\u00a0: l\u2019autre nom du couple\u2026 qui n\u2019est pas \u00e0 la noce\u00a0! Si les histoires d\u2019amour finissent mal en g\u00e9n\u00e9ral, celles de Sophie Calle ont bien de la peine \u00e0 commencer. Voire\u00a0: elles avortent syst\u00e9matiquement. On ne compte plus en effet, dans ce livre comme dans les travaux de l\u2019artiste (ce qui revient souvent au m\u00eame), les histoires de rencontres pass\u00e9es \u00e0 c\u00f4t\u00e9, les mariages rat\u00e9s, les fian\u00e7ailles repouss\u00e9es, quand elles ne sont pas tout simplement annul\u00e9es. On dirait que Sophie ne trouve jamais sa moiti\u00e9 (parce qu\u2019elle ne s\u2019\u00e9prouve pas tout \u00e0 fait comme femme\u00a0?)\u00a0: \u00ab<strong><em>\u00a0Dans mes fantasmes, c\u2019est moi l\u2019homme. Greg s\u2019en aper\u00e7ut vite. C\u2019est peut-\u00eatre pourquoi un jour il m\u2019a propos\u00e9 de le faire pisser. Cela devint un rituel entre nous : je me collais derri\u00e8re lui, je d\u00e9boutonnais \u00e0 l\u2019aveugle son pantalon, je prenais son p\u00e9nis, je m\u2019effor\u00e7ais de le placer dans la position appropri\u00e9e, de bien viser. Puis je le rentrais nonchalamment et fermais la braguette. Peu apr\u00e8s notre s\u00e9paration, je proposai \u00e0 Greg de faire la photo souvenir de ce rituel. Il accepta. Alors, dans un studio de Brooklyn, sous l\u2019\u0153il de la cam\u00e9ra, je l\u2019ai fait pisser dans un seau en plastique. Ce clich\u00e9 me servit de pr\u00e9texte pour poser la main sur son sexe, une derni\u00e8re fois. Ce soir-l\u00e0 j\u2019acceptai le divorce.\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_monique_article.jpg\" alt=\"Sophie Calle, Des histoires vraies\" width=\"650\" height=\"1266\" srcset=\"https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_monique_article.jpg 650w, https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_monique_article-154x300.jpg 154w, https:\/\/www.en-attendant-nadeau.fr\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/calle_monique_article-526x1024.jpg 526w\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sophie Calle, Monique<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Est-ce \u00e0 dire que, dans sa vie d\u2019artiste, Sophie Calle n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre cette enfant qui court apr\u00e8s l\u2019enfance, comme on court apr\u00e8s le temps qui passe\u00a0? Avec la certitude que papa et maman sont encore l\u00e0 qui la regardent jouer, imagos (sur)veillant en permanence son Moi-Image\u00a0: \u00ab\u00a0<strong><em>Quand ma m\u00e8re est morte, j\u2019ai achet\u00e9 une girafe naturalis\u00e9e. Je lui ai donn\u00e9 son pr\u00e9nom, et je l\u2019ai install\u00e9e dans mon atelier. Monique me regarde de haut, avec ironie et tristesse \u00bb.<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Histoires vraies : Le jeu du Chat et de la Sophie Article que je publie \u00e0 l&rsquo;occasion de l&rsquo;anniversaire le 9 octobre de cette artiste que j&rsquo;adore. Il faudrait la croire pour la voir. 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