{"id":1715,"date":"2026-08-09T20:11:20","date_gmt":"2026-08-09T18:11:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/?p=1715"},"modified":"2026-08-09T20:58:51","modified_gmt":"2026-08-09T18:58:51","slug":"une-autre-vie-que-la-mienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/?p=1715","title":{"rendered":"Une autre vie que la mienne"},"content":{"rendered":"\n<p>Lu ces jours ci le roman de Delphine de Vigan : <strong><em>Je suis Romane Monnier<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Ce que nous laissons de nous<\/h3>\n\n\n\n<p>Il y a quelque chose d&rsquo;\u00e9trange dans le fait d&rsquo;entrer dans la vie de quelqu&rsquo;un par un t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p>Non pas par un visage, une voix, une poign\u00e9e de main. Par un objet.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <strong>Je suis Romane Monnier<\/strong>, Thomas se retrouve avec le t\u00e9l\u00e9phone d&rsquo;une inconnue. Elle le lui a laiss\u00e9 volontairement, avec le code. Puis elle dispara\u00eet. Alors il regarde. Les messages, les photos, les notes, les enregistrements, les traces minuscules et parfois d\u00e9risoires de ce qui fut sa vie. Peu \u00e0 peu, Romane existe pour lui \u00e0 travers ce que son t\u00e9l\u00e9phone donne \u00e0 voir, entendre d&rsquo;elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c&rsquo;est peut-\u00eatre cela qui me trouble le plus dans le roman de Delphine de Vigan : <strong>nous avons invent\u00e9 un objet qui sait presque tout de nous, et nous avons fini par lui confier notre m\u00e9moire.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a dans un t\u00e9l\u00e9phone une \u00e9trange accumulation de vie. Une photographie prise sans importance, un message auquel on n&rsquo;a jamais r\u00e9pondu, une adresse, une chanson \u00e9cout\u00e9e cent fois, une note \u00e9crite \u00e0 trois heures du matin, une conversation effac\u00e9e mais dont il reste parfois une trace ailleurs.  Des \u00e9changes st\u00e9riles, des mots d&rsquo;amours avort\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous croyons que nous poss\u00e9dons notre t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il contient aussi une partie de nous, c&rsquo;est donc lui qui nous poss\u00e8de quelque part. Disparaitre c&rsquo;est donc se lib\u00e9rer de l&rsquo;objet, l&rsquo;<strong><em>OB-JE<\/em><\/strong>. <\/p>\n\n\n\n<p>Thomas entre dans la vie de Romane par effraction, mais une effraction singuli\u00e8re puisqu&rsquo;elle semble avoir \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9e. C&rsquo;est ce qui rend la chose si troublante : <strong>avait-elle vraiment voulu qu&rsquo;il regarde ?<\/strong> Lui avait-elle confi\u00e9 son intimit\u00e9 ou seulement les traces de celle-ci ? Et peut-on conna\u00eetre quelqu&rsquo;un \u00e0 partir de ses traces ? Et si il s&rsquo;agit bien de traces, pourquoi vouloir les confier \u00e0 un inconnu, t\u00e9moin d&rsquo;une vie et \u00e9tranger \u00e0 celle ci ?<\/p>\n\n\n\n<p>La question d\u00e9passe largement le roman. Le choix d&rsquo;avoir un narrateur ext\u00e9rieur au r\u00e9cit renforce \u00e0 mon sens l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 des histoires qui se tissent l\u00e0, \u00e9vite le pathos.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous vivons d\u00e9sormais entour\u00e9s de traces. Nous photographions ce que nous mangeons, les endroits o\u00f9 nous allons, ceux que nous aimons, parfois m\u00eame ceux que nous ne voulons plus aimer. Nous \u00e9crivons nos col\u00e8res, nos d\u00e9sirs, nos ruptures. Nous laissons derri\u00e8re nous une sorte de double num\u00e9rique, souvent plus bavard que nous ne le sommes dans la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, ce double n&rsquo;est pas nous.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une vie n&rsquo;est pas la somme de ses messages.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une photographie ne dit pas ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 juste avant qu&rsquo;elle soit prise. Un message ne contient pas le silence qui l&rsquo;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9. Une conversation ne dit pas toujours ce que l&rsquo;on n&rsquo;a pas os\u00e9 \u00e9crire. Et aucune archive ne conserve exactement la fa\u00e7on dont quelqu&rsquo;un nous regardait.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est peut-\u00eatre l\u00e0 que le parcours de Thomas et celui de Romane finissent par se rejoindre. En cherchant Romane dans son t\u00e9l\u00e9phone, Thomas rencontre aussi sa propre histoire. Les traces de l&rsquo;une r\u00e9veillent les souvenirs de l&rsquo;autre ; la vie d&rsquo;une inconnue devient un miroir, un r\u00e9v\u00e9lateur. <\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelque chose de profond\u00e9ment humain dans cette confusion.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lu ces jours ci le roman de Delphine de Vigan : Je suis Romane Monnier Ce que nous laissons de nous Il y a quelque chose d&rsquo;\u00e9trange dans le fait d&rsquo;entrer dans la vie de quelqu&rsquo;un par un t\u00e9l\u00e9phone. Non pas par un visage, une voix, une poign\u00e9e de main. Par un objet. Dans Je [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1717,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-1715","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-non-classe"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/Je-suis-Romane-Monnier.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_likes_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1715","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1715"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1715\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1727,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1715\/revisions\/1727"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/1717"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1715"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1715"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.mezzogiorno.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1715"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}