(temps de lecture : 2mn)
Imaginons : Le Président Macron, à pied, à cheval et en voiture partir à travers champs à la recherche de l’homme providentiel qui sauvera (peut être) la République et la Démocratie avec.
Une image bien sûr mais on ne peut s’empêcher de voir dans Sébastien Lecornu, l’homme providentiel qui faisant foin des quolibets et remarques de bas étage revient sur sa décision de tout larguer et reprend les rênes de l’ Etat.
On remonte le temps ?
En 458 avant J.C, pas autre chose : on voit une cohorte de sénateurs cheminant à travers champs, à pieds, vers un homme labourant ses terres.
Que viennent faire, dans cette zone agricole éloignée du Forum, ces représentants des grandes familles romaines ? Ils demandent à ce paysan d’accepter d’être «dictateur», autrement dit de se voir confier par le Sénat les pleins pouvoirs pour une durée limitée. Un titre suprême pour… sauver Rome !
Deux vaillants consuls s’y sont essayés avant lui mais comme le rapporte Tite-Live dans son histoire romaine, la situation est restée désespérée.
«Une nuée vint presque sous les murs de Rome porter le fer et le ravage : la désolation régnait dans les champs, la terreur dans la ville»
Mais pourquoi lui ?
Parce qu’il s’agit de Lucius Quinctius Cincinnatus (519-430 av. J.-C.), un patricien qui a laissé derrière lui le souvenir d’un homme de force morale et de courage. Ruiné, cet ancien consul vit désormais dans un modeste domaine pour cultiver ses quelques lopins de terre et nourrir sa famille. Face à l’urgence de la situation, Cincinnatus se décide rapidement : il abandonne sa charrue pour tenter de sauver la République et embarque sur le Tibre dans un bateau fourni par Rome et la suite vous l’imaginez : en deux semaines il assène une défaite sans pitié aux ennemis, se voit couronné de Lauriers. On lui promet un poste à Rome à la mesure de son talent mais voilà il retourne dans ses champs et tourne le dos aux honneurs.
J’en suis arrivée à ce parallèle entre Sébastien Lecornu et Cincinnatus, entre celui qui se qualifie de « Moine soldat » et « l’homme aux cheveux bouclés » ( traduction de son nom latin), entre cet homme providentiel et celui qui dit « Je n’ai pas d’autres ambitions que de se sortir de ce moment qui est objectivement très pénible pour tout le monde ».
Le parallèle ne s’arrête pas là. Lecornu a été Ministre des Armées et si Cincinnatus a triomphé c’est grâce à son savoir-faire militaire, par ailleurs « Sebastianus » en latin se traduit par « le vénéré ».
Comme Cincinnatus qui retourne à son labour, gageons que le « job » fait, pour utiliser une expression de Lecornu, il s’en retournera dans sa Province et verra, en substance, de « son petit village fumer la cheminée et le clos de sa maison » (Du Bellay)
