Quand la bêtise nous saute au visage
J’aurais pu écrire » nous pète à la gueule » mais j’ai appris à bien me tenir car contrairement à certains qu’on voit ici et là, j’appartiens à une époque où le mot « éducation » avait du sens. Bref, ce n’est pas le sujet.
Lui, le voici :
Vous savez que j’apprécie les Stoïciens pour leur sagesse et pour la manière dont ils nous apprennent à « vivre ensemble » en restant nous mêmes. Appartenir et s’extraire. Aller, venir.
Ce mouvement est celui vers les autres qui peut se transformer en un mouvement contre les autres. A tort et c’est ma pensée de ce soir avant de vaquer à la nuit qui peut être, elle aussi, mouvement.
Marc Aurel, champion des Stoïciens dit en substance que dés l’aurore, nous rencontrerons dans la journée un indiscret, un insolent, un fourbe, un égoïste, un envieux
N’oubliez jamais cela. Et n’oubliez jamais également qu’une seule et même personne peut porter toutes ces casquettes.
Je me joins aux Stoïciens ce soir car d’un coup la bêtise d’autrui m’a sauté au visage.
Il m’est arrivé de me sentir blessée par d’autres, de me sentir jugée et d’être touchée par ces flèches empoisonnées car parfois on a beau connaître la philosophie antique sur le bout de ses ongles vernis, comme c’est mon cas, l’autre peut encore me blesser et je le dis d’ailleurs, je parle à livre ouvert, c’est une qualité, cette perméabilité, une qualité parfois lourde à porter.
Mais je m’accomode, nos failles sont aussi nos forces, elles nous rendent plus humains.
De fait ce matin, je tombe sur une prise de parole, à propos d’un sujet lambda, d’une personne qui m’a autrefois blessée et je me rends compte d’un niveau de bêtise qui rendrait misanthrope le plus sociable d’entre nous.
Mais comment ai-je pu alors être à ce point aveuglée pour oublier ce vide sidéral dans l’esprit de l’autre, comment ai-je pu me soustraire au « regarde d’où ça vient » et me laisser aller à une remise en cause de moi même ?
Comment ai-je pu ne serait-ce que tendre l’oreille à des âneries sans broncher, dans quel piège étais-je tombée au point d’en perdre mon à-propos et le respect de moi même ?
Comment pouvons nous laisser manipuler par nos émotions au point d’en perdre la capacité de raisonnement ? (question au passage très intéressante dans le contexte de fièvre actuel)
Serait ce car, comme le dit Marc Aurel toujours, « nous appréhendons davantage l’opinion de nos voisins sur nous-mêmes que la nôtre propre » ?
Se laisser juger tout court est déjà pitoyable mais on ne peut hélas comme je le dis ailleurs s’en prévenir, mais se laisser juger par des imbéciles au raisonnement pitoyable, accueillir ce jugement, l’écouter, voire en être ébranlé , ne prendre conscience de tout cela qu’en se rendant compte, fortuitement, d’un niveau intellectuel ras les pissenlits, des mois voire des années plus tard et d’un coup se dire : mais quelle idiote j’ai été de permettre ça, de prêter oreille à des gens qui ne m’arrivent pas à la cheville, talons compris (pour pasticher en toute liberté Swann dans le roman éponyme « Un amour de….. » de Proust)
