Ceci est le titre du dernier livre de Marina Abramovic ( avec un accent sur le « c » mais je ne l’ai pas sur le clavier de mon ordinateur).
Artiste qu’on ne présente plus à ceux qui s’intéressent un peu à ce qui est tout de même une marginalité dans l’art contemporain : les Performances.
La performance nait de la simultanéité entre l’acte et le regardant dans ce rapport au temps, à la présence réciproque, disponibilité etc ( ce sera un autre sujet que j’évoquerai un jour, passionnant)
Le sujet est ici Marina A, artiste de la présence. Elle publie donc ce livre à 80 ans, ce qui est en soi une performance mais comme elle se fiche pas mal de toutes ces convenances, elle publie un livre à propos de ses performances qui pourtant n’existent que dans l’espace temps de la présence comme dit précédemment.
Je pense qu’il y a des gens qui ne se voient pas vieillir, qu’on ne voit pas vieillir car une sorte de folie les protège du délabrement, une volonté d’assouvir encore des fantasmes, d’aller vers ses désirs, une forme de « jusquauboutisme » que je partage.
Performances électriques, épiques, lyriques, mythiques, politiques etc : se taillader, inviter le public à faire ce qu’il veut d’elle, éprouver son couple jusqu’à étouffer, récurer des heures durant un tas d’os de bovins dans une puanteur infernale à la biennale de Venise ( vu et senti par moi) (métaphore du nettoyage ethnique dans les Balkans), rester assise pendant des jours face à des inconnus sans rien dire au MOMA de N.Y, mettre en scène ses propres funérailles …
Autant d’actes, gestes comme on voudra dont le point commun est le SILENCE.
Et ça, le silence, vous le savez, j’adore, surtout quand il n’est pas vide mais au service de … comme c’est le cas ici. Il y a une force du silence qui donne un surcroît de relief à ce qui est vécu, voire même qui constitue le « moteur » de ce qui est vécu.
Marina A. me fascine, peut être parce qu’elle joue de ses névroses, flirte avec la frontière vie/ mort, avec ce fil tendu prêt à rompre, peut être parce qu’elle se moque de l’art contemporain, peut être pour l’invention de nouveaux codes, peut être …
Peut être pour cette fascination que j’ai pour les êtres passionnés qui vont au bout d’eux mêmes, bref il y aurait beaucoup à dire. Rien de tiède assurément, j’ai le tiède en horreur, de même le convenu, le prévisible.
Mais surtout je veux voir une forme d’auto-dérision dans toutes ces performances. Pourtant ce n’est pas vraiment mon propos ici aujourd’hui ( et on voit bien que je digresse pas mal), mon propos est le questionnement autour de la notion d’art.
Marina A. se présente comme artiste performeuse.
Une artiste donc. L’art est toujours vecteur d’émotions qu’on apprécie ou non l’oeuvre sujet. Emotion de celui qui reçoit, émotion de celui qui crée. En ce sens Marina est une artiste : ses performances véhiculent des émotions, les siennes, celles des regardants. Or cela suffit il à « faire de l’art » ?
Le processus créatif se confond avec la performance, il EST la performance.
Je dirais donc et c’est là que je voulais en venir que Marina A. est une créatrice d’émotions, une machine à émotions brutes avec cette utilisation du corps, du silence, ce jeu avec le public.
Mais tout cela pourquoi ? Pour questionner la société, les conflits, les relations humaines.
On ne peut s’arrêter à la seule performance, il faut aller vers la métaphore qu’elle met en scène.
Une prise de conscience alors.
