C’est drôle comme on peut vivre dans le même temps des émotions très différentes. Quand je regarde la vie de mes enfants, je suis fière des hommes qu’ils sont devenus, qui profitent, tracent leurs routes, voyagent, ont des carrières formidables dans lesquelles ils s’épanouissent et en même temps je suis triste de penser aux enfants qu’ils étaient, ces moments où ils avaient tant besoin de moi et de leur père, où ils tenaient ma main bien fort.
Joie et tristesse mêlées.
Je cherche à quitter la ville dans laquelle je vis depuis deux décennies et je n’arrive pas à trouver un logement qui me convienne vraiment. Dans cette impulsion là il y a en même temps l’ivresse de m’embarquer seule dans un lieu nouveau et la peur de le faire seule. Le courage et la peur. Le besoin de renouveau et le désir de conserver ce qui est.
Je lis un livre et pour peu qu’il me captive j’ai hâte de connaitre la fin. Avancer dans la lecture, dans ce désir là de vivre le récit au rythme imposé par l’auteur et dans le même temps être dans l’anticipation de ce qui va advenir. Patienter et se hâter.
Mon troisième livre doit sortir bientôt et je suis à la fois dans le mouvement vers les lecteurs, la joie qu’on me lise et le désir de garder pour moi ce que j’écris.
J’aime un homme et j’ai envie d’aller de l’avant, le connaitre, brûler les étapes nécessaires à cette connaissance car le rapport au temps se fait autre à un moment de sa vie et dans le même temps je songe à ma liberté. Terrifiée par la solitude à certains moments et épatée par elle et la liberté qu’elle conjugue.
J’aime passionnément les relations aux autres, suis spontanément dans l’empathie, donne vite ma confiance dans ce désir de proximité et dans le même temps je vis des déceptions qui m’atteignent. Je continue néanmoins à tenir ma conduite première pour bonne mais avec cette sorte de peur en moi que la confiance soit trahie.
Ainsi avançons nous, ainsi tressons nous sans cesse ces émotions qui sont pourtant si éloignées, les vivons nous dans le même temps : heureux et malheureux, enthousiastes et frileux … C’est ainsi que va la vie je pense et il faut accepter ces extrêmes qui fondent notre humanité.
Il me semble.
