Elle a été longue la transition entre l’été et l’automne, une trop grande douceur comme si l’été peinait à se retirer, comme si le soleil regrettait de ne pas nous infliger plus longtemps ses cuisantes caresses.
Enfin le ciel peut être bleu impunément. Au printemps c’était l’attente de l’été, timide, d’un bleu un peu translucide suivi d’un bleu sans espoir signe d’une chaleur desséchante et synonyme de souffrance pour qui vit dans le béton des villes. En quelques jours l’air devenait peu respirable, les pas se hâtaient pour retrouver l’ombre bienfaisante, les cheveux collaient aux visages luisants. On se donnait des rendez vous tard le soir ou tôt le matin. Le reste du temps s’alentissait jusqu’à presque ne plus être.
Le printemps sent l’aubépine et les communions, les mariages, les premières soirées assis sur les bancs, les verres en terrasse. On peine l’été à retrouver cette nonchalance tant la chaleur se fait dense, les odeurs même se font discrètes, les plantes mettent toute leur énergie pour survivre.
Et voilà l’automne.
Le ciel devient bleu impunément. On supporte la chaleur volontiers avec amour, on se laisse envahir par elle et ce petit vent qui emmêle les cheveux. Les robes se soulèvent sur des peaux encore dorées.
Cela ne va pas durer. Comme un dernier sourire.
A l’automne la nature est si belle. Je rentre de Grenoble, la Chartreuse virait au roux, quelques feuilles des persistants faisaient tâches. Elles gardaient malgré les brûlures de l’été un semblant de vert. Les sous bois exhalaient des parfums humides, bientôt la saison des champignons, bientôt les insectes et d’autres se prépareront au grand hiver, feront leur trou pour mourir ou renaître.
La nature est si belle alors, si diverse. Les garrigues finissent de se dessécher, les Alpilles se teintent d’une lumière moins crue. Les cigales avaient déserté cet été les longs après-midis de chaleur, préférant des paysages plus au Nord.
Dans cette saison où les couleurs se mêlent, du vert au rouge, où les dernières feuilles deviennent éclatantes telles des fleurs. Plein de fruits l’automne c’est les grappes de raisin lourdes et fruitées nées de l’alliance de la terre et du ciel, soignées par des mains laborieuses.
Le dernier baiser entre le ciel et la terre. Plus tard un autre silence, celui poussé par le Mistral qui glace tout et se joue de nous s’installera et fera rougir les visages et pleurer les yeux.
Bienvenu automne adoré.
