On se souvient de cette chanson qui commençait par ces mots : » La solitude ça n’existe pas… » chantée par Gilbert Becaud . Elle me trottait dans la tête et m’inspire ce texte :
La solitude, cette pièce où l’on apprend à vivre
La solitude n’arrive pas toujours avec fracas. Elle ne pousse pas forcément la porte en annonçant son nom. Elle s’installe parfois doucement, entre deux journées ordinaires, dans le silence qui suit un coup de téléphone, dans le dîner que l’on prépare pour une seule personne, dans cette chose un peu étrange : avoir quelque chose à raconter et ne savoir à qui le dire.
On peut être seul sans être malheureux. On peut même aimer certains moments de solitude. Il y a une liberté dans le fait de n’avoir de comptes à rendre à personne, de choisir son heure, son repas, son livre, de laisser traîner un verre sur la table parce qu’on n’a pas envie de le ranger tout de suite. La solitude peut être une chambre avec une fenêtre ouverte.
Mais il y a une autre solitude, celle qui n’est pas choisie. Celle qui ne consiste pas à être seul mais à ne pas être attendu.
Elle est plus subtile. Elle se glisse dans les petits événements. On voit quelque chose de drôle dans la rue et le réflexe est de chercher quelqu’un à qui l’envoyer. On entend une chanson et on pense à quelqu’un qui pourrait l’aimer. On a une bonne nouvelle, même minuscule, et l’on mesure soudain la distance entre ce que l’on ressent et la possibilité de le partager.
Ce n’est peut-être pas l’absence des autres qui fait le plus mal. C’est l’absence de cette personne particulière à qui l’on pourrait dire : « Tu sais quoi ? » sans avoir besoin d’expliquer pourquoi cela compte.
Et puis il y a les rencontres. Elles peuvent parfois rendre la solitude plus visible qu’elle ne l’était avant. Quelques messages, une conversation, une présence qui semble possible, et voilà que l’on recommence à imaginer. Puis cela s’arrête, ou cela ne commence jamais vraiment. On se retrouve avec un peu plus de silence qu’avant.
Pourtant, je ne crois pas que la solitude soit nécessairement un échec. Elle est peut-être aussi une période de la vie où l’on découvre ce que l’on ne veut plus accepter. On apprend la différence entre être accompagné et être rejoint. Ce n’est pas la même chose.
Être rejoint, c’est quelqu’un qui s’intéresse à ce qui nous arrive. Qui demande comment s’est passée notre journée et attend réellement la réponse. Qui remarque notre fatigue. Qui écoute une histoire jusqu’au bout. Qui a envie de savoir ce que l’on pense, pas seulement ce que l’on sait.
Alors peut-être que le problème n’est pas de ne plus être seul à tout prix.
Peut-être qu’il est de ne pas laisser la solitude nous convaincre que n’importe quelle présence vaut mieux qu’elle parce qu’il y a des présences qui agrandissent la solitude et puis quelqu’un arrive et fait simplement un peu de place, sans grand discours et soudain la pièce parait moins grande.
