Bien malin celui qui peut dire : je suis cet homme, cette femme et donner ainsi de lui une définition ayant valeur une fois pour toute. Bien malin celui qui nie ainsi combien nous sommes composés de tous ceux qui nous ont constitués : nos parents, notre fratrie, amis, collègues, gens de passage, lieux traversés, expériences vécues et continuent à le faire. Chaque rencontre apporte à notre édifice personnel un peu de l’être que nous paraissons.
Changeants, malléables, capables d’une chose et son contraire, à dire, soutenir, être voilà qui nous sommes .
Jorge Luis Borges écrit : « Je ne suis pas sûr d’exister, en fait. Je suis tous les écrivains que j’ai lus, toutes les personnes que j’ai rencontrées, toutes les femmes que j’ai aimées, toutes les villes que j’ai visitées »
Elle est belle n’est ce pas cette citation. Pourquoi ? Parce qu’elle dit combien nos rencontres qu’elles soient physiques, spirituelles vont modifier quelque chose de nous, participer à faire de nous l’être que nous sommes, qui demain sera peut être un peu autre parce que quelque chose, quelqu’un aura fait écho à sa façon à son humanité et modifié ce qui semblait de l’ordre de la trajectoire.
J’aime le début surtout, ce « je ne suis pas sûr d’exister », moi en tant qu’être spécifique, unique, je suis cette composante de multiples.
Se défier des différences c’est se fermer la porte à cet édifice constitué de strates qui s’emboitent et nous constituent. Cette idée me plaît beaucoup : me voir comme continuellement dans cette perméabilité au monde et aux autres et me laisser envahir par elle. Me vivre demain autre que je ne suis aujourd’hui.
Tout au plus peut on savoir qui on est si on se retourne sur sa vie au seuil de la grande bascule , c’est alors au passé qu’on conjuguera cet être que nous fûmes : j’ai été cette femme là pourrai je dire, mais les mots pour me qualifier je ne les sais pas pour l’heure et ne suis pas vraiment dans cette hâte de les connaitre.
