L’envie d’avoir envie, pour citer Johnny, oui il m’arrive d’avoir des références « populaires » ( sans que ce soit péjoratif, halte là ceux qui lèvent un sourcil devant tant de prétention).
L’envie d’avoir envie, c’est là que tout commence. Le quotidien du dépressif : non seulement plus d’envie, mais même plus envie d’avoir envie.
Un affect ambigu que cette envie : à la fois un appétit et une frustration face aux possessions et à la réussite du voisin. » Une passion timide et honteuse que l’on n’ose jamais avouer » disait La Rochefoucauld dans ses Maximes.
Elle suppose donc une concurrence entre les individus. J’ai envie de ta femme, de ta bagnole, de ta maison, de ta réussite. On envie rarement l’ami trompé, le malheureux à la loterie ETC . En revanche on peut envier un temps un trait de caractère pas très chouette. Par exemple le pingre, on peut l’envier quand on a l’impression d’être par trop généreux, mais cette envie là dure le temps d’un éclair, pareil pour le méchant : que ce soit jouissif de temps à autre d’être le méchant, le râleur, celui qui blesse volontairement, on peut l’envier en effet mais pas longtemps car la noirceur est propre au charbonnier. Elle ne va au teint de personne.
Bref. Le sujet c’est l’envie
Et évoquer l’envie c’est évoquer le désir ou encore le plaisir, toutes choses avec lesquelles flirte l’envie.
Mais là où l’envie compte les points, le plaisir offre une promesse d’expansion qui ne repose pas sur les comparaisons avec les affects du voisin.
L’envie suppose un masque douloureux alors que le plaisir se concentre sur la satisfaction et la jouissance.
Et pourtant si on en croit le parolier de la vedette, l’envie permet de mieux conscientiser le plaisir. Vivre le manque, la misère et la soif, la guerre et la solitude permet une jouissance accrue de la vie quand les choses s’adoucissent, quand le plaisir revient. (Si on peut se passer de ces souffrances pour apprécier la vie, c’est tout de même mieux, mais hélas dans nos société judéo-chrétiennes, il faut se flageller pour accéder au bonheur :))
Qu’on me donne l’obscurité puis la lumière
Qu’on me donne la faim, la soif puis un festin
Qu’on m’enlève ce qui est vain et secondaire
Que je retrouve le prix de la vie, enfin
Qu’on me donne la peine pour que j’aime dormir
Qu’on me donne le froid pour que j’aime la flamme
Pour que j’aime ma terre, qu’on me donne l’exil
Et qu’on m’enferme un an pour rêver à des femmes
On m’a trop donné bien avant l’envie
J’ai oublié les rêves et les mercis
Toutes ces choses qui avaient un prix
Qui font l’envie de vivre et le désir
Et le plaisir aussi qu’on me donne l’envie
L’envie d’avoir envie et qu’on allume ma vie
Qu’on me donne la haine pour que j’aime l’amour
La solitude aussi pour que j’aime les gens
Pour que j’aime le silence, qu’on me fasse des discours
Et toucher la misère pour respecter l’argent
Pour que j’aime être sain, vaincre la maladie
Qu’on me donne la nuit pour que j’aime le jour
Qu’on me donne le jour pour que j’aime la nuit
Pour que j’aime aujourd’hui oublier les « toujours »
On m’a trop donné bien avant l’envie
J’ai oublié les rêves et les mercis
Toutes ces choses qui avaient un prix
Qui font l’envie de vivre et le désir
Et le plaisir aussi qu’on me donne l’envie
L’envie d’avoir envie et qu’on rallume ma vie
