EX ? On repique ou non ?

Rions un peu avec cette parabole de Nietzsche dans La seconde considération intempestive : il commence sa réflexion avec un troupeau de vaches sur le plateau du Vercors (en vrai le lieu importe peu mais j’aime rattacher ce que je connais à ce que je connais…. Vous suivez ? ), donc un troupeau de vaches qui ruminent.

Nietzsche loue cette capacité des vaches à ruminer : elles digèrent par cycles, puis passent à autre chose.

En bon philosophe, Nietzshe utilise cette image pour évoquer le fait que plutôt que de nous accrocher au passé en le ressassant jusqu’à la bile, mieux vaut l’oublier une fois que l’on a approfondi une pensée.

L’ennui, c’est que l’homme vit de façon historique et qu’ il ne peut apprendre à oublier. Quoi qu’il fasse, qu’il s’en aille courir au loin, qu’il hâte le pas, toujours la chaîne court avec lui. […] L’homme […] s’arcboute contre le poids toujours plus lourd du passé. Ce poids l’accable ou l’incline sur le côté, il alourdit son pas, tel un invisible et obscur fardeau”. ( ce qu’on appelle communément aujourd’hui  » se trainer des casseroles »)

Soyez donc un peu vaches, et oubliez votre ex, conclusion à laquelle arrive le philosophe (en gros), raisonnement aisé quand, comme Nietzsche on a une vie amoureuse aussi palpitante que celle d’un moine Tibétain.

Ce qui n’est pas le cas de tout un chacun : notre mémoire est encombrée de trucs inutiles, qu’il s’agisse de gens, souvenirs, choses, objets etc comme autant de parties d’un cabinet de curiosités poussiéreux et ringard.

Pour Camus considérant Sisyphe , il est des poids que l’on peut s’épargner. Vous aviez réussi à prendre vos distances et à vous détacher de l’influence de l’ex, pourquoi prendre le risque de replonger ? Notre condition absurde nous condamne peut-être à rouler le même rocher jusqu’en haut de cette sempiternelle montagne en attendant qu’il dégringole à nouveau mais notre liberté a toutefois la possibilité de s’exprimer et donc de se tirer en laissant le rocher, la montagne, l’ex, le contexte e tutti quanti.

Ce qui est bien avec l’ex c’est que  vous connaissez normalement son corps par cœur, le frisson vient non pas de la nouveauté mais de la sécurité retrouvée. Vous naviguez presque en pilotage automatique : Une perspective reposante.

Las.

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, affirme Héraclite. Le philosophe grec nous rappelle ainsi que la vie est un flux, un mouvement constant, difficilement rationalisable. L’eau est par ailleurs un élément à la fois toujours unifié et dispersé, que l’on ne peut saisir entre ses mains tout en faisant l’expérience de sa matérialité.

Si vous pensiez serrer dans vos bras la même personne, c’est une illusion.

Le temps a fait son œuvre en transformant par inflexions plus ou moins légères la personne qui se trouve face à vous. Il en est évidemment de même de votre côté, ce qui complique encore les choses.

Et ça commence à faire beaucoup pour une simple baignade même si ça devient intéressant, car de même que « je » peut être devenu autre, l’autre peut être devenu autre.

(merci à L. de m’avoir donné l’autorisation de publier cette photo)


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