On voudrait être encore heureux

Voilà je termine mon troisième livre. Je l’ai situé dans une maison de retraite. Le titre en est : On voudrait être encore heureux. J’y raconte avec dérision et mélancolie au plus juste de ce que je vis à travers ma mère désormais là, tout ce qui remplit les journées, les drôles de phrases, les actes pas toujours cohérents, la bonne humeur aussi générée par des riens, les petits et grands tracas, tout ce qui prend de l’importance. Je raconte la VIE dans ce lieu où la mort rôde si souvent.

De courts chapitres : c’est la forme qui me convient. C’était déjà le cas dans mes deux premiers ouvrages Voyage en Ménopausamie et Comme je t’imagine.

Je vous en livre un extrait

Les voix

La nuit les morts reviennent parfois.

Pas vraiment des fantômes.

Plutôt des présences.

Des habitudes qui refusent de disparaître.

Maman entend et voit parfois mon père.

Elle me l’a dit très simplement.

Comme on parle du temps :

Cette nuit il était là.

Et qu’est ce qu’il faisait ?

Il dansait.

J’ai eu un silence.

Danser ?

Oui avec sa chemise blanche.

Il tournait dans la salle des fêtes.

Alors j’ai revu mon père.

Les bals.

L’accordéon.

L’odeur de tabac froid.

Ses grandes mains dans le dos de ma mère.

Il dansait bien, ajoute t’elle

Mieux que dans la vie quotidienne en tout cas.

Danser c’était le seul moment où il devenait léger.

Tu avais peur ?

Non.

Au contraire.

Il avait l’air content.

Puis elle a ajouté :

Il était jeune.

Ça m’a bouleversée cette sorte de photographie de mon père qu’en quelques mots et avec tant de douceur dans le regard elle me donnait à revoir.

Parce que finalement les morts restent quelque part à l’âge où on les a aimés, immobilisés par les images qui jaillissent, les attitudes, certains mots, des lieux. Figés dans la mémoire, immobilisés par elle.


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