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Être jeune n’est pas qu’une question d’âge. Aimer, en tout cas, offre une telle impression d’intense légèreté qu’on ne se ressent plus ni vieux ni jeune. On quitte même le temps pour l’immortalité, et ni l’avenir ni la mort n’existent plus. N’est-ce pas précisément cela, la jeunesse ?
« Ma jeunesse fout l’camp / Elle sort de moi-même, en silence, à pas lents / Ma jeunesse fout l’camp, elle a rompu l’amarre /Elle a dans ses cheveux les fleurs de mes vingt ans. »Françoise Hardy
L’amour ne connaît pas le vieillissement. C’est l’une de ses caractéristiques fondamentales. Aimer est indissociable de la jeunesse, non pas comme moment de la vie mais comme sentiment.
L’amour est sensation de jeunesse, non pas au sens où il s’oppose à la vieillesse mais en tant qu’il refuse l’engourdissement. C’est ce qui fait sa force et sa légèreté, l’impression à la fois de mouvement et de vitalité qu’il procure. Il donne ainsi la preuve que la jeunesse n’est pas qu’une question d’âge.
La jeunesse que l’amour apporte n’est pas celle que l’on a vécue, elle n’a pas de rapport avec les souvenirs ou le passé. Cette jeunesse est d’un autre ordre. Qui ne l’a pas éprouvée ? C’est comme si l’on parvenait à un autre état, ni humain ni divin, mais tenant un peu des deux, un état que l’on pourrait qualifier de gazeux, où la matière de notre être se fait fluide, sans forme précise ni volume pesant.
Dans cet état sublimé et gazeux, le vieillissement n’a pas cours, il est sans effet.
Sans doute est-ce là ce que l’on décrit en parlant de « papillons dans le ventre » ou du fait d’« être sur un nuage ». Ce n’est pas exactement aérien, puisque l’on ne perd pas le sentiment d’avoir un corps, d’être incarné, mais notre chair, notre peau deviennent comme électriques et fluides. Telle est cette impression de jeunesse attachée à l’amour. C’est la vie qui se vit selon un autre état. Qu’on ait 20, 40 ou 70 ans, on est toujours jeune quand on aime.
René Char affirme que « la vie aime la conscience qu’on a d’elle » Dans l’amour, la vie aime qu’on l’aime. C’est ce redoublement de l’amour en amour de la vie qui nourrit ce sentiment de jeunesse : la vie veut la vie, avec élan, fougue même.
Ce n’est pas seulement tomber amoureux, c’est aimer qui produit cette sensation de jeunesse. C’est un désir de la vie pour elle-même, en ce qu’elle ne peut pas périr. Aimer, c’est donc connaître ensemble immortalité et vivacité. Quand on aime, on fait l’expérience de cette dimension d’immortalité de l’existence, de cette jeunesse qui ne passe pas, qui n’est pas une étape mais la « matière » même de la vie.
En amour il n’y a absolument aucune angoisse du devenir. On éprouve, au contraire, la certitude d’une abondance, d’une vitalité à profusion, dissipant toute crainte. C’est ce qui caractérise plus particulièrement les premiers temps de la relation amoureuse, et que l’on cherche à conserver. Ce que l’on goûte alors, ce n’est rien de moins qu’un sentiment d’immortalité, cette impossibilité que la vie puisse se perdre elle-même.
» le bonheur qui tombe comme la foudre d’un ciel qu’on croyait sans surprise, cerné de toutes parts par des étoiles. […] Comment agir pour être heureux, toujours davantage, sans trébucher, sans vieillir et sans perdre courage ? Sans courir trop vite devant son amour avec la crainte de ne plus l’apercevoir en se retournant ? » (Trois coups sous les arbres. René Char)
