Avoir honte

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Une nuit la maîtresse d’école de Annie Ernaux « Mademoiselle L. », la raccompagne chez elle au retour d’un voyage scolaire. La mère d’Annie ouvre la porte. Elle est « hirsute, muette de sommeil » et vêtue « [d’]une chemise de nuit froissée et tachée » car « on s’essuyait avec, après avoir uriné » précise l’écrivaine. Elle analyse des années plus tard le sentiment vertigineux d’humiliation qui la saisit ce jour-là.

Pour Sartre la honte est quelque chose de fugace : pris sur le vif, on peut avoir honte d’avoir dérobé un objet par exemple. Pour Annie Ernaux, il s’agit de quelque chose qui s’installe en soi et dure et qui se réactive.

Je vois ma mère dans sa maison de retraite, allongée sur son canapé, la tête renversée, les jambes en l’air. Je vois les couches pour ne pas salir.

Je n’ai pas honte d’elle dans cet abandon et cette vulnérabilité, j’ai de la peine, une peine immense tant le décalage avec la photo de jeune femme me tenant par la main, qui pose dans une jolie robe bleu marine, est grand.

Aujourd’hui elle me fend le coeur, m’impatiente, mais la honte est partie parce que c’est là d’où je viens de ce corps meurtri, vulnérable, abîmé, ce corps qui a été autre quand il portait la vie.

La honte écrite permet de la tenir à distance, de la banaliser en somme à travers les mots, la raconter c’est la combattre. Je n’ai plus honte aujourd’hui, j’ai fait le deuil de ça en le posant par les mots écrits ou dits.

Poser c’est ainsi mettre de la distance, c’est s’éloigner de la honte par le partage comme une forme de revendication.


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