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«En fait»,«c’est sympa»,«en vrai»,«genre»,«enfin», «bon»,«bref»,«je dis ça, je dis rien»…Nous avons tous nos tics de langage. Pour ce qui me concerne je dis souvent paraît il «Donc». Il y a ceux ques nous prononçons sans nous en rendre compte, ceux dont nous finissons par prendre conscience, et surtout ceux qui, souvent, nous agacent par-dessus tout : les tics des autres!
Ainsi pendant la dernière campagne électorale, un candidat commençait ses prises de parole par «On va pas se mentir». Outre le fait qu’il avait été très mal dirigé par ses équipes chargées de la com, cela la foutait mal. J’ai connu d’ailleurs autrefois un gros menteur qui commençait ses phrases de la même manière par «Je vais pas te mentir»
Si elles ont tendance à nous exaspérer, ces mimiques ne sont pas si anodines qu’elles en ont l’air. Elles signifient quelque chose de notre manière d’être et de parler, et font passer – plus ou moins volontairement – un message. L’image de celui qui est mal à l’aise. Pour le sociologue Pierre Bourdieu nous sommes victimes d’une forme d’insécurité en matière de langue. Les tics de langue fonctionnent alors comme des pansements.
«Du coup» qui s’est imposé dans nos conversations, alors même que l’on ne cherche pas forcément à exprimer un rapport de conséquence et encore moins d’immédiateté peut renvoyer à une anxieté langagière.
On est mal à l’aise, du coup on utilise du coup pour faire le lien
Ces tics de langage peuvent venir d’un manque de vocabulaire, des paroles vides. Ils ne veulent rien dire, mais contribuent à uniformiser notre discours. Lorsqu’on répète à tout bout de champ qu’une activité est «cool» ou «sympa», on passe à côté du caractère toujours unique du plaisir que nous a procuré cette expérience.
De même, si tout est «extra»,plus rien ne l’est: l’extraordinaire tombe dans la banalité. ( sauf la robe de cuir, on est d’accord🙂
Ou bien du plaisir de papoter plus longtemps. Vos tics de langage ont tendance à s’accentuer quand vous parlez à votre voisin? C’est tout à fait normal, selon le linguiste Roman Jakobson «Eh bien»,« voilà, voilà», «hé oui» « voilou » sont autant de petits mots et expressions qui ne veulent rien dire, mais qui ont pour fonction de maintenir la conversation.
Ainsi nos tics de langage sont comme des «cui-cui» qui invitent autrui à«prêter l’oreille»
Si ces tics de langage ne donnent pas d’information, ils ont le mérite de montrer que nous sommes volontaires et prêts à entamer ou à poursuivre la discussion.
Et toc !
