Une unique lueur et une nuit blanche (pour moi)

Temps de lecture : 3 minutes

Trois ans après Sur la dalle , qui avait pu laisser certains lecteurs sur le bord du chemin, la reine du « rompol », le roman policier où l’enquête policière se frotte à l’humour, à la poésie et au saugrenu, publie ce mercredi 8 avril chez Flammarion « Une unique lueur ». Un livre ample (523 pages), et parfaitement maîtrisé, porté par le magistral commissaire Jean-Baptiste Adamsberg. Sans conteste, l’un des meilleurs crus de Fred Vargas lu d’une traite pour ce qui me concerne.

Dans une rue de Paris, une jeune femme d’une beauté saisissante gît sur le pavé. Pas de lutte apparente, pas de violence spectaculaire. Il faut l’intuition d’Adamsberg pour comprendre : sous la veste, un trou au niveau du cœur. Et autour du corps, une mise en scène troublante : des fleurs, une alliance, un bracelet muni d’un sifflet, un maquillage, une tenue soigneusement choisie, un tailleur pied-de-poule, épaules carrées, taille cintrée.

Tout indique un assassin ritualiste, presque « galant » dans l’horreur. « Ni viol, ni brutalité, ni rage, ni exhibition du corps. À croire que le tueur l’a poignardée avec des égards », conclut Adamsberg. Et quand une deuxième victime apparaît, selon un modus operandi identique, l’étrangeté devient système, donc menace.

Fred Vargas balade de nouveau son lecteur. Entre détours, fausses pistes, associations d’idées improbables, on cavale. Sûrement parce que son héros commissaire, rêveur impénitent, n’est jamais aussi redoutable que lorsqu’il semble ailleurs.

On retrouve le commissaire Adamsberg mais aussi ses compagnons

Il divague, déambule, saute d’un détail à un autre, mélange les mots, les images, les souvenirs. Le voilà sur la piste du poète Gérard de Nerval, un écrivain majeur du romantisme français ( « Je suis le Ténébreux, — le Veuf, — l’Inconsolé… », écrivait-il) avant de nous embarquer sur celle de l’actrice américaine Lauren Bacall. Un coup de sifflet, un clin d’œil au « Port de l’angoisse »…

Outre Adamsberg, quel plaisir de retrouver ses compagnons, Adrien Danglard, son adjoint principal, son exact opposé, rigoureux, une encyclopédie vivante souvent sceptique face aux intuitions de son chef.

Revoici aussi l’enquêtrice Violette Retancourt, la force tranquille de la brigade, Louis Veyrenc de Bilhc, le poétique. Et, pour cet ouvrage, une nouvelle recrue : un aristocrate tout droit sorti de l’univers de Proust, dont le chien Anselme n’aime rien tant que déféquer devant le portail de la brigade.

Extrait :

– Vous avez regardé les photos, Danglard ? De la scène du crime ? demanda Adamsberg.
– Cela va de soi.
– Et donc ? Cela vous dit quelque chose ? Parce qu’à moi, oui.
– Tiens. Et cela vous raconte quoi ?
– Mais justement, rien. C’est quelque chose que je ne sais pas alors que cela me dit quelque chose. Donc ?
– Aucune idée.
– Faites un effort, nom d’un chien.
– Désolé, commissaire, dit Danglard avec une pointe d’indifférence.
– Bien. Réunion plénière dans quinze minutes. Il nous faut comprendre.
– Comprendre quoi ?
– Mais le quelque chose, commandant. On commence par là.

Roman addictif, drôle, poétique, un tantinet désuet, intelligent, cette « Unique lueur » est une pépite à lire d’urgence.


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