C’est ainsi

Toutes ces routes que nous n’avons pas prises, ces gens que nous avons oubliés, ces regrets enfouis à jamais, ces remords dépassés, ceux que nous avons aimés, ceux auxquels on a cru et ce à quoi on a cru avant de ne plus croire du tout, tous ces regards croisés, ces bras serrés, ces mains tendues, ces guerres inutiles, ces disputes vaines, ces projets contrariés, ces idées qu’on a défendues avant de renoncer, ces certitudes envolées, ces sourires retrouvés, ces peurs disparues, ces draps froissés, ces corps aimés, ces choses apprises, toutes ces joies soudaines, ces visages si proches. Tous les livres lus, les tableaux observés, toutes les caresses à n’en plus finir, ces larmes qu’on n’a pas su retenir, ces mots qu’on a tendus, ces enfants qu’on a vu grandir, toutes ces théories sur lesquelles on s’est penché, tous ces pays visités, toutes ces nuits les yeux ouverts, ces soirées désenchantées, tous les projets avortés et ceux qu’on a menés, ces combats qui nous ont laissés exsangues, ces doigts qu’on a laissé se refermer sur les nôtres, ces mains tenues et tendues, ces encouragements qui ont trouvé un écho, toutes ces erreurs d’aiguillage, ce vers quoi on n’aurait jamais dû aller, ce qu’on a assumé et ce qu’on a pas su assumer, tous ces moments d’ennui, toutes ces heures passées à chercher, comprendre, trouver parfois, tout ce qui nous a fait vibrer, toutes les fois où on a dansé jusqu’à ne plus avoir de souffle, les murs escaladés, toutes ces souffrances surmontées, toutes ces joies, ces moments de profonde harmonie, tout ce bonheur en soi et autour, tous ces courages qu’on a su trouver, tout ce qu’on n’a pas su assez apprécier, tout ce qu’on a pas su dire quand il était encore temps, toutes les folies qu’on n’a pas faites, les trains qu’on a regardé partir, les folies qu’on a faites, les petites et les grandes, tous les mouchoirs qu’on a mis par dessus tout ou pas grand chose, toutes les fois où on a préféré se taire, tout ce vers quoi on a couru, toutes les fois où on est tombé, de haut et puis moins, toutes les fois où on s’est dit qu’on s’y attendait, tout ce qu’on a refusé de voir, tout ce qu’on a su transformer, tous les verres à moitié vides bus, toutes les fois où on a voulu infléchir le hasard, jouer avec lui, le provoquer, tout ce qui nous a ému, tous ceux qu’on a vu partir pour ne plus revenir, tout ce qu’on a imaginé. Toutes ces années et ces jours. Tout ce qui est arrivé quand on attendait plus, tous les rêves, les cauchemars, les cris et les chuchotements. Tout ce contre quoi on s’est cogné, tous ces murs des autres, les dos tournés, les incompréhensions et le nécessaire oubli, toutes les fois où on a préféré passer à autre chose, toutes les raisons et leur absence, les explications qu’on n’aura jamais, les incompréhensions.

Tout, absolument tout, valait et vaut la peine de vivre.


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