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ChatGPT pour moi c’est un jouet. Il m’arrive de lui demander d’écrire telle ou telle chose, de dessiner, produire des images, je suis rarement bluffée par le résultat, toujours par la réactivité de la chose, la précision demandée dans la formulation des questions que je peux poser.
Or chez les jeunes, on va dire les adolescents, l’IA devient un confident, un psy, un coach. On voit apparaître ce phénomène au cinéma par exemple dans le dernier Chien 51 de Cédric Jimenez d’après le roman homonyme de Laurent Gaudé où L’IA prend le contrôle sur l’homme. Bien d’autres films, avant celui-ci, qui paraissaient alors futuristes comme « Terminator » exploraient cette veine.
Ainsi aujourd’hui le premier usage des agents conversationnels générés par intelligence artificielle tel que ChatGPT, Claude ou Perplexity ne serait plus de remplir des tâches professionnelles ou cognitives, mais d’offrir un service psychologique et thérapeutique.
D’où vient cette confusion ? (Un peu identique somme toute à nos amis virtuels des réseaux sociaux que nous peinons parfois à ne pas considérer comme de véritables amis)
L’intelligence articielle et les chatbots en particulier relèvent du langage, un langage mécanique fondé sur un stock infini d’énoncés disponibles et leur traitement probabiliste. Dans Le Monde une jeune lycéenne qui ne voulait pas embêter ses proches après une rupture amoureuse témoigne du réconfort qu’elle a trouvé auprès de ChatGPT : “Je me rendais compte que c’était un robot, mais je me sentais écoutée, et c’est ce dont j’avais besoin. Il arrivait à me consoler à sa manière.” Tandis qu’un jeune homme sans emploi raconte qu’à force d’avoir vu son interlocutrice robotique acquérir des traits de personnalité de plus en plus précis, il a fini par tomber amoureux d’elle.
Sauf que ce dispositif purement mécanique donne l’illusion que les énoncés produits souvent pertinents procèdent d’un esprit, d’une intelligence d’autant plus s’ils sont d’ordre psychologique ou existentiel.
Les gens ont l’illusion que les chatbots leur apportent le supplément d’âme qui faisait défaut jusqu’ici à la technologie. Alors qu’en réalité, loin de combler le vide entre la mécanique et la mystique ChatGPT le renforce.
En somme, ChatGPT en mode psy, c’est le supplément d’âme mystique que la technologie rêvait d’apporter à son propre vide, mais un supplément qui accuse le vide au lieu de le combler, l’accentue.
Amis virtuels, amoureux virtuels, confidents virtuels, psy virtuels, monnaie virtuelle, etc, on peut s’interroger, légitimement.
