Anatomies du vieillissement

(temps de lecture : 2 mn)

Une mise à l’honneur du travail de Clelia Odette, photographe, et de sa série « Les Belles Mômes ».

C’est après deux années d’études en psychologie que Clélia Odette ressent le besoin d’exprimer une réalité qu’elle décelait dans le champs des représentations de la femme. Plus qu’un désir artistique, Clélia perçoit la nécessité d’aller à l’encontre des images que l’on consomme quotidiennement. Désireuse d’étudier le cinéma, c’est pourtant vers la photographie que la vie la mène. À Bruxelles, elle se forme à la photographie documentaire et hérite la même année d’un Rolleiflex d’un parent. L’appareil devient alors son outil de travail de prédilection, à la fois œil et projecteur de sa perception du monde.

La genèse de Belles Mômes

Le projet « Belles Mômes » commence à fleurir dans l’esprit de Clélia Odette lors d’un trajet de covoiturage. Elle raconte : « Nous étions en hiver, le chauffage était au maximum. Une gynécologue, une retraitée et moi. Assise à l’arrière j’écoutais la conversation. La femme, autrefois avocate, parlait de la ménopause et de ses peines de coeur. Elle racontait qu’elle avait peur que son mari ne la regarde plus et ne la désire plus. Pour ne pas «faire son âge», Sylvie s’était fait tirer les rides et refaire les seins. Cette conversation m’a fait réaliser que pour une femme, vieillir pouvait être une angoisse, un fardeau ».

Regards croisés sur expériences échangées

Le projet ne s’est pourtant lancé qu’au bout d’un an, après qu’une première femme accepte de poser devant l’objectif de Clélia. Puis, grâce à la médiatisation de son projet, de plus en plus s’avancent pour participer. Clélia rencontre ainsi ces femmes, âgées de plus de 50 ans, pour les photographier. À la maison ou bien à l’hôtel, de longues conversations ont lieu entre la photographe et les modèles. L’échange est important — parfois fort, et une liberté totale est accordée aux modèles en ce qui concerne la pose, à l’exception d’une règle : ne pas sourire. Clélia Odette insiste : « face à une camera, le sourire a tendance à devenir une protection. Je cherche un regard sans détour. »

Plus que photographique, le projet est humain. Il ne met pas seulement en avant des corps mais des histoires, exprimées dans chaque ride ou chaque pli. Dans l’imperfection se trouve la beauté.

« Les hommes ne vieillissent pas mieux que les femmes; ils ont seulement l’autorisation de vieillir » – Mona Chollet, Sorcières, 2019.

Vous trouverez son travail sur la plateforme « Patreon »…

On peut légitimement s’interroger quant à savoir pourquoi il n’existe pas de performance photographique de cet ordre s’agissant des hommes. Il y aurait beaucoup à dire de cette non-représentation. Beaucoup à penser. Je laisse cela faire son chemin dans vos esprits.


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